Après la bombe d’anticipation post-Brexit, Years and years, lancée en 2019, sa nouvelle série It’s a sin, sur les débuts de l’épidémie du sida en Grande-Bretagne, fait à nouveau sensation en 2021. Le créateur gallois Russell T Davies vient de se voir attribuer un Excellence Award par le festival CanneSeries, qui lui donne la parole durant une heure en ligne ce mardi dès 18h. L’occasion de passer en revue la carrière de ce producteur et scénariste de talent, témoin et défenseur de la cause gay, qui a marqué de son empreinte le paysage audiovisuel britannique depuis sa toute première création Dark Season en 1991.


Reporté au mois d’octobre (du 8 au 13/10) pour cause de pandémie, le festival CanneSeries a tenu à marquer le début du printemps avec la remise de son traditionnel Excellence Award. Après les acteurs Dominic West et Patrick Dempsey, c’est au tour du scénariste Russell T Davies de se voir ainsi récompensé pour l’originalité de ses créations.

Qualifié de « raconteur d’histoires hors-pair », le Gallois se distingue par « la qualité de son œuvre, qui se fait souvent l’écho de ses engagements » a souligné Albin Lewi, directeur artistique de CanneSeries. L’équipe du festival, organisé d’ordinaire en avril, a salué ses œuvres « à la fois personnelles et exigeantes mais qui ont l’intelligence de savoir parler à un large public ».

La dernière en date, It’s a sin***, suit le parcours de cinq jeunes partageant une colocation à Londres. Homosexuels pour la plupart et travaillant dans le milieu artistique, ils découvrent ensemble l’euphorie des soirées à gogo avant d’être violemment rattrapés par l’épidémie du sida qui se déclare en 1981. A la fois lucide et très documentée, la série s’attache à la perception et à la réaction de la communauté gay, au départ très dubitative, au cours de cette décennie cruciale.

L’histoire d’une génération fauchée en pleine ascension

Si la série met en évidence la solidarité et la fraternité développées au sein de la communauté LGBT, elle montre aussi à quel point le silence, la honte et la culture du secret au sein des familles ainsi que l’indifférence du gouvernement britannique ont permis au virus de faire des ravages. Une réalité rendue avec d’autant plus d’émotions que Russell T Davies avait 18 ans en 1981. L’explosion de l’épidémie à Londres, de 1981 à 1991, retracée avec humour, tendresse et humanité, croise donc sa propre histoire.

Dans It’s a sin***, mini-série en 5 épisodes, l’émotion naît de la complicité rapidement tissée avec les différents protagonistes : le chanteur Olly Alexander, Lydia West (vue dans Years and Years), Neil Patrick Harris (How I Met Your Mother), Oumari Douglas, Callum Scott Howells, mais aussi Keeley Hawes (Bodyguard) et Stephen Fry.
Un témoignage d’autant plus touchant qu’il permet de mettre des noms et des visages sur cette génération de vingtenaires dont les rêves ont été brutalement fauchés. Des destins originaux et souvent flamboyants servis par une bande son de feu : les Pet Shop Boys, OMD, Soft Cell, Erasure, Kim Wilde, Eurythmics,…

Anobli par la reine Elisabeth

« La peur et la désinformation qui règnent alors font écho à la situation que nous vivons aujourd’hui » souligne Russell T Davies tandis que l’on voit les scientifiques s’efforcer de comprendre le fonctionnement de ce virus inconnu. Une mission de conscientisation parfaitement remplie par le showrunner puisque le succès de la série a entraîné une augmentation du nombre de tests HIV réalisés début février, juste après la diffusion de la série en Grande-Bretagne. Plus de 6,5 millions de vues cumulées ont été enregistrées sur la plateforme de la chaîne Channel 4, depuis fin janvier. Et la série est diffusée aux Etats-Unis sur HBO Max.

Révélé en 1999 par la série Queer as folk qui suit un groupe de jeunes homosexuels à Manchester, Russell T Davies a régulièrement accordé son attention à la communauté gay au fil de ses nombreuses créations : Queer as folk, donc mais aussi A Very English scandal (2018) et la trilogie Cucumber, Banana & Tofu (2015) qui explore la composante gay dans la société britannique.

Grand fan de SF, Davies a également marqué de son empreinte la série Doctor Who, monument télévisuel britannique entre tous. Il en a dirigé l’écriture de 2005 à 2009, imprimant un nouveau format et une nouvelle lisibilité aux épisodes de la série de science-fiction née dans les années 60. En 2011, il a même développé Torchwood et The Sarah Jane Adventures, séries qui en sont directement dérivées. Un travail quasi patrimonial pour lequel il a été anobli par la reine Elisabeth en 2008 pour « services rendus à la fiction ». Nul doute que d’autres aventures de la même envergure l’attendent encore dans le futur.

Karin Tshidimba

Les deux séries Years and years et It’s a Sin sont disponibles sur Auvio. Let’s enjoy…