La nouvelle création de Russel T. Davies nous confronte à un futur européen assombri. Une série d’anticipation captivante et impressionnante en six épisodes à suivre le mardi à 22h sur BBC One

À quoi reconnaît-on une grande série ? À sa capacité à nous bousculer dans nos certitudes, à nous emmener loin de notre réalité ou, au contraire, à nous confronter de façon viscérale et singulière à nos peurs secrètes. À sa façon de nous poser des questions bien plus que de nous livrer des réponses.
Il en va des blockbusters (en salle et sur petit écran) comme des best-sellers en librairie : certains récits passent et fanent à la vitesse de la lumière… Tandis qu’une bonne partie de la planète série épilogue sans fin (et en vain) sur la qualité de l’ultime saison de Game of Thrones, la BBC vient d’entamer un récit qui devrait faire du bruit.

Populismes et dérives technologiques

D’abord parce que Years and Years*** est scénarisé par le célèbre Russell T. Davies (Queer as Folk, Doctor Who) qui a déjà marqué de son empreinte l’univers sériel british, ensuite parce qu’il est porté par la formidable Emma Thompson, comédienne multiprimée qui met son talent au service d’un personnage très controversé : Vivienne Rook, une femme politique aux idées extrêmes, qui attise les angoisses et les ressentiments des électeurs sous couvert de vouloir « faire entendre la voix de [ses] concitoyens ». Toute ressemblance avec des personnages politiques populistes existant en France et en Grande-Bretagne ne serait, bien sûr, nullement fortuite.
Bien qu’explorant l’avenir proche de notre humanité (jusqu’en 2034), la série s’ancre d’abord dans ce qui constitue le creuset du temps présent : vagues migratoires, Brexit, dérives technologiques et… réélection de Donald Trump…

Outre l’acuité et le caractère visionnaire de son propos, Years and Years se distingue par une réalisation d’une grande fluidité et un premier épisode impressionnant qui nous entraîne en quelques minutes au cœur d’un tourbillon d’émotions.
À peine les a-t-on rencontrés que l’on se sent happé par le destin bousculé des Lyons, cette famille de Manchester formidablement aimante et humaine, mais pleine de tensions et de contradictions. Entre l’oncle cynique (Russell Tovey) sur le point d’épouser Ralph; la tante militante et bohème (Jessica Hynes); le couple (Rory Kinnear et T’Nia Miller) en plein questionnement face à ses adolescents, aux aspirations mouvantes; la jeune tante Rosie emballée par son nouveau boyfriend potentiel et la Granny (Anne Reid) toujours connectée à sa tribu… Chacun tente d’imaginer son avenir alors que la Grande-Bretagne vient de quitter l’Union européenne et que les temps s’annoncent incertains.

Une série très réaliste

Le réalisme de la série est encore renforcé par un casting au sein duquel la diversité ne relève pas de la posture, mais d’un ancrage profond au sein d’une population profondément diverse.
En choisissant de suivre le clan des Lyons sur quinze années et en les confrontant à des bouleversements majeurs – le Brexit n’est que la pointe émergée de l’iceberg -, Russel T. Davies offre au public l’opportunité de réfléchir à son avenir proche entre points de rupture, pollution, politique de migration, faillite européenne, politiciens extrêmes et menaces d’instabilité mondiale.

Très impressionnant, le premier épisode n’est pas gai, même si la série n’est pas dénuée d’humour, mais la série n’est as dénuée d’optimisme, promet son créateur.
Présentée au cours de la soirée de clôture du festival CanneSeries, Years and Years n’a pas manqué de secouer la salle. Face à une assistance internationale, la série de Russel T. Davies a en effet soulevé de nombreux échos.
La série sera aussi diffusée à partir du 24 juin sur HBO.

Karin Tshidimba