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«Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film» disait le réalisateur Alfred Hitchcock qui a démontré sa maestria en matière de suspense et de frayeur. L’expo Même pas peur à Series Mania explore notre passion pour les méchants dans les séries. Et vous qui craignez-vous ?

(1 – 2) Qui de Joffrey Baratheon (Jack Gleeson) ou de Cersei Lannister (Lena Headey) est le personnage le plus haï de Game of Thrones ? La série répertorie un tel nombre d’êtres déviants et sadiques qu’il est difficile de trancher. Au rayon des individus malfaisants, de nombreux personnages de séries se bousculent. Parfois, ils sont d’ailleurs en couple comme les politiciens Frank (Kevin Spacey) et Claire Underwood (Robin Wright) dans la série House of Cards.

(3 – 4) Il y a les éternels opposants contre lesquels les héros se battent sans relâche. Spike (James Marsters) dans Buffy contre les vampires et Jim Moriarty (Andrew Scott) dans Sherlock en font partie. La bravoure et l’intelligence de Sherlock (fascinant Benedict Cumberbatch) et de Buffy, intronisée “chasseuse de vampires” (formidable Sarah Michelle Gellar), se mesurent dans cet affrontement incessant.

L’ombre de James Moriarty (Andrew Scott) plane constamment au-dessus de Sherlok…

(5 – 6) La même logique s’applique à Vecna (Jamie Campbell Bower) dans Stranger Things et Negan (Jeffrey Dean Morgan) dans The Walking Dead. Ces séries prennent toute leur dimension à l’ombre de ceux qui y symbolisent le danger.

(7 – 8) Avec Dexter Morgan (Dexter), la stupeur naît de la contradiction entre apparente normalité et agissements coupables, un registre où brille Michael C. Hall. Sous son élégant costume de psychiatre, Hannibal Lecter (Hannibal) cache aussi de sombres secrets, partageant avec Dexter la fascination pour la découpe millimétrée du corps humain, même si la finalité n’est pas la même. Le personnage campé par Mads Mikkelsen se révélant bien plus carnassier que l’expert médico-légal.

Face au psychiatre Hannibal Lecter (Mads Mikkelsen), la méfiance s’impose…

(9 – 10) Avec Sue Sylvester, professeur de sport dans Glee, le harcèlement professoral atteint des degrés stratosphériques. Un répertoire d’insultes et de vacheries résolument jubilatoire pour l’actrice Jane Lynch. Même constat pour le comédien Brian Cox. Pourra-t-on dépasser un jour le mépris de Logan Roy pour ses propres enfants dans la série Succession? La question semble vertigineuse…

Très tôt, les films et les séries nous démontrent que le danger est tapi dans l’ombre de nos foyers, ou presque. Qu’il s’agisse d’Endora dans Ma Sorcière bien aimée ou de Nellie Oleson dans La Petite maison dans la prairie, on sait à quel point la perfidie, le snobisme et le mépris peuvent miner la confiance en soi et détruire le moral. Si on rit des déboires de Jean-Pierre avec sa belle-mère, mère de la pourtant délicieuse Samantha, Nellie symbolise tous les harceleurs que l’on peut croiser dans l’enfance, à l’école ou ailleurs.

Inscrites au croisement de l’horreur et du fantastique, de nombreuses séries nous entraînent sur la pente (douce) du frisson. Il en va ainsi de toutes les personnes inquiétantes ou créatures effrayantes croisées, respectivement, dans Black Mirror, American Horror Story ou dans L’Hôpital et ses fantômes. Elles s’ajoutent à celles qui hantent les univers de The Last of Us et Lovecraft Country, mais aussi dans les séries jeunesse comme Chair de poule ou Scooby-Doo.

Toujours se méfier des individus trop souriants ou trop impeccables pour être honnêtes: Gustavo Fring dans « Breaking Bad ».

La liste aurait pu être bien plus longue. Que seraient les Simpson sans la figure de Montgomery Burns, Twin Peaks sans le mystérieux Bob, X-Files sans L’homme à la cigarette, les coulisses d’Empire sans l’insupportable Lucious Lyon (Terrence Howard) ou Breaking Bad et Better Call Saul sans Gustavo Fring auquel Giancarlo Esposito a offert sa pleine mesure ?

Impossible de clore cette liste sans citer Tony Soprano (Les Soprano) qui a non seulement ouvert le Nouvel âge d’or des séries, en janvier 1999, mais a démontré que même les individus les plus impitoyables peuvent être rongés par le mal-être et les doutes.

Karin Tshidimba, à Lille

Nb: L’exposition Même pas peur. La passion des méchants est visible gratuitement au Tri postal à Lille jusqu’au vendredi 27 mars.