Il va être très compliqué de ne pas en entendre parler. Si vous détestez Game of Thrones (GoT), mieux vaut délaisser tous vos écrans, journaux, magazines et votre radio durant les 72 prochaines heures (voire plus). À l’approche du grand final de la série dont l’ultime saison démarre ce 14 avril sur HBO, et dans la nuit du 14 au 15 sur Betv, émissions spéciales et suppléments se bousculent.
Raison de plus pour prendre un peu de recul et analyser ce que cette saga, inspirée par les romans de George R.R. Martin, a apporté à l’univers sériel. Un livre, véritable somme sur le sujet, nous sert de guide: Game of Thrones décodé signé par Ava Cahen

Une série qui a imposé sa marque

Qu’on l’apprécie ou pas, il faut reconnaître à Game of Thrones une force de frappe indéniable avec ses dizaines de millions de lecteurs et de spectateurs à travers le globe. La saga d’inspiration médiévale a réussi à imposer l’heroïc fantasy comme un genre majeur même auprès des plus réticents, entraînant à la fois un boom touristique dans les villes qui ont accueilli son tournage et des ventes records des livres originaux et des gadgets en lien avec la série.

L’impact s’est ressenti jusque dans les maternités où un nombre incroyable de petites Khaleesi (aka la reine, personnage campé par l’actrice Emilia Clarke) a vu le jour tandis que les éleveurs de chiens-loups et notamment de la race « Inuits du Nord », fidèles compagnons de la famille Stark dans la série, se plaignaient d’un engouement hautement préjudiciable à des animaux totalement inadaptés à la vie en espaces confinés.

Comment une saga sombre, sanglante, aux ramifications complexes et à la centaine de personnages principaux est-elle parvenue à s’imposer au plus grand nombre ? Comment un roman pour quasi-initiés s’est-il imposé au cœur d’Hollywood ? C’est la question à laquelle répond avec perspicacité et une foule de détails le livre d’Ava Cahen publié en mars dernier aux Éditions du Rocher.

Un scénario addictif et violent

Avec sa spirale infernale de violence et de sexe, Game of Thrones joue sans vergogne sur les pulsions primaires des téléspectateurs, soulignent ses détracteurs. Là où ses fans répondent qu’il s’agit de mieux coller à l’ambiance de ce Moyen Âge fictif, oubliant de préciser qu’une histoire est toujours le résultat de choix multiples en termes d’intrigues et de personnages et que chaque récit est donc bien maître du chemin qu’il emprunte. Et si Game of Thrones, au fil des saisons, a mis en avant des personnages féminins puissants et en position de pouvoir, elle ne peut nier que les personnages les plus souvent humiliés et violentés sont des femmes. Ce qui n’est jamais un choix anodin, même lorsqu’on dit s’inspirer du cours de l’histoire européenne.

L’analyse de ces paradoxes est justement ce qui fait la force du livre d’Ava Cahen. Un ouvrage qui permet à la fois de prendre la mesure d’une aventure hors du commun avec des chiffres qui donnent le vertige, même aux plus irréductibles critiques, tout en explorant les limites d’un genre taillé pour attirer le plus grand nombre (mais pas en dessous de 12 ans, précisent ses créateurs).

Le livre revient sur les éléments qui ont fait le succès de la saga, lancée sur HBO en 2011, par un duo de scénaristes qui a non seulement eu le nez fin mais a aussi réussi à entretenir le suspense autour d’une saga possédant déjà une jolie base de fans. D.B. Weiss et David Banioff rajoutant des meurtres et des violences en tous genres là où même George R.R. Martin ne les avait pas imaginés…
En résulte une inlassable quête de pouvoir entre les sept grandes familles de Westeros qui se livrent des batailles sans fin tandis qu’au Nord, la horde des Marcheurs Blancs menace la survie de tout le royaume. Au fil des sept premières saisons, on dénombre 137 morts sur les 215 personnages principaux. Un impitoyable carnage qui pousse chaque fan à trembler pour son clan favori. Avec une moyenne de 1 350 morts par saison – selon la rigoureuse comptabilité tenue par les fans – il y a en effet de quoi se faire du souci.

Place des femmes et « diversité » du casting

Il a fallu patienter longtemps pour que les nombreuses protestations du public soient enfin entendues et que le rôle des femmes, dans la série, soit approfondi et gagne en ampleur, là où seules deux ou trois d’entre elles semblaient susceptibles de connaître un destin glorieux.

Ce sont les répercussions du mouvement #MeToo aux Etats-Unis qui ont permis que les viols innombrables cessent enfin, comme par magie.
Le livre aborde aussi le débat sur la représentativité assez limitée de la série qui, comme bon nombre de créations hollywoodiennes, ne réserve presque aucun rôle de premier plan aux personnages et acteurs non européens.

Une analyse des questions philosophiques posées par cette longue quête du pouvoir, des centaines d’anecdotes, des dizaines de fiches techniques, cartes et documents précieux – concernant le tournage et la réalisation de ce projet d’envergure – en font la parfaite bible du fan. Autant qu’un ouvrage permettant de décrypter une série aux allures de phénomène de société sans même être forcé de la regarder…

Karin Tshidimba

Ava Cahen, « Game of Thrones décodé », Éditions Du Rocher, 354 pp., 18,90 €