L’acteur voulait offrir une version fidèle à 2020 et à la hauteur du mythe. Avec sa série Lupin**, Netflix dispose-t-il enfin de la création originale française digne de l’attente des sériephiles ?

« La méthode, le style, le panache, le talent : il a tout de Lupin », dit à son sujet l’inspecteur Youssef Guedira. Et venant d’un tel connaisseur du « gentleman cambrioleur », c’est de toute évidence un compliment. D’autant qu’il y a derrière cet apparent « talent » pas mal de travail.

Omar Sy le confesse, il n’est pas spécialiste d’Arsène Lupin au départ. « Honnêtement, j’ai dû me spécialiser. Quand on grandit en France, on sait forcément qui c’est : le haut-de-forme, le monocle, la cape, tout ça. Je suis un enfant des années 1980, donc j’ai plutôt lu les mangas et vu les séries animées japonaises inspirées de Lupin. »

Une version fidèle à notre époque

Les vieux feuilletons et les vieux films, l’acteur s’y est plongé pour préparer le rôle. « J’ai commencé à les regarder pendant l’écriture de la série car quand je suis arrivé sur le projet, rien n’était encore écrit. Je l’ai fait naturellement pour avoir une vision d’ensemble et voir ce qu’il y avait de bon à prendre, ce qu’il fallait éviter ou, au contraire, creuser pour arriver avec une nouvelle proposition. »

Le but était vraiment d’inscrire Arsène Lupin dans les années 2020.
« Ainsi, on était sûr d’apporter de la nouveauté. À mon humble avis, Lupin est pleinement dans son époque. Tous les Lupin ont été vus comme cela. Quand l’époque commençait à être différente de la précédente, cela devenait intéressant de revisiter le personnage. Du coup, on ne peut pas être redondant car on raconte l’époque qui est la nôtre. Ce qui fait qu’il ne ressemble jamais aux précédents. » Même si Arsène Lupin a connu de nombreuses incarnations sur le petit et le grand écrans (cf la note précédente).

« On a réfléchi à la direction à donner, pour déterminer quel allait être notre Lupin, en quoi il allait être différent des autres et quel lien on allait garder avec l’œuvre de Maurice Leblanc. J’y ai participé dès le départ », explique le comédien, coproducteur de la nouvelle série de Netflix.

Un super-héros sans super-pouvoirs

On évoque souvent la gouaille, le panache ou le côté Robin des bois comme caractéristiques principales du personnage. Mais ce qui plaît le plus à l’acteur, « c’est son côté obstiné, dans le bon sens du terme, et sa curiosité infinie car Lupin maîtrise tous les sujets : il est bon en sciences, en anatomie, en littérature, en poésie. Son super-pouvoir, c’est cette vaste connaissance, je trouve cela plutôt cool. »

Les capacités intellectuelles de Lupin le charment bien plus que ses capacités physiques… « Oui, c’est le plus intéressant : c’est un super-héros sans super-pouvoirs. J’aime aussi le côté action, bien sûr, et j’ai pris beaucoup de plaisir à tourner ces scènes. Ce qui me plaît, c’est qu’il est capable de tout cela à la fois, ce qui en fait un vrai personnage de série. J’ai tout de suite accepté de relever le défi car je suis joueur comme Lupin, en fait. »

Avec un côté tchatche et gouaille qui lui colle également à la peau. « Ça me plaît de jouer un type qui a la tchatche et embobine les gens, cela fait de belles scènes, c’est toujours plaisant à jouer », admet-il.

Quatre réalisateurs en piste

Avec dix épisodes au compteur pour la première saison, le tournage n’a pas manqué d’animation.
« C’était des longues journées mais il y avait une telle excitation, surtout sur les premiers épisodes. On était surtout contents d’avoir les moyens pour le faire. En tant que capitaine de navire, Louis (Leterrier, NdlR) diffuse une énergie incroyable, il était tout le temps au taquet. Des réalisateurs qui cadrent aussi, c’est rare. Il était même au steadycam, il y a une vraie implication physique de sa part. Quand on voit cela, c’est impossible de traîner les pieds. On est obligés d’en donner autant que lui. Cela donne le ton pour les neuf épisodes derrière. »

Filmée par quatre réalisateurs différents en tout, la série a seulement été freinée par l’épidémie. « Après le confinement, il y avait moins de monde sur le plateau, on était dans des conditions techniques restreintes, à cause des conditions sanitaires. C’était perturbant de s’interrompre et de revenir, mais on a repris le fil, on s’est adapté. On est reconnaissants d’être allé au bout, surtout. »

Plutôt Arsène Lupin ou Steve Austin ?

Le planning du comédien pour 2021, en revanche, est plus flou.
« C’est l’époque qui veut ça. Le Covid rend tout incertain. Avec le confinement, on ne sait pas si et quand on va tourner. On ne sait pas quand les salles vont rouvrir, etc. Certains tournages sont prévus mais rien n’est encore fixé. On aimerait faire une saison 2, c’est possible, en tout cas. »

L’occasion de se replonger dans les pas d’Arsène Lupin. Et de le comparer avec ceux qui le faisaient rêver, enfant ?
« Plein de héros me faisaient rêver… Mais il y avait surtout L’homme qui tombe à pic et L’homme qui valait 3 milliards, qui passaient à la télévision à l’époque. Quand j’étais petit, le côté homme-machine de Steve Austin me fascinait. J’avais envie de lui ressembler parce que quand on est petit, le fait de courir vite, c’est très important. » Un autre point commun qu’il partage avec Arsène Lupin. Il sourit.

Entretien: Karin Tshidimba

nb: la bande-annonce est disponible ici