Écrite par le brillant scénariste britannique Jesse Armstrong, la série HBO éclaire les parcours peu reluisants de magnats tels Murdoch et Trump. La saison débute ce jeudi à 21h05 sur Be TV.

La saison 2 de Succession*** démarre par une séance d’humiliation publique télévisée. Kendall Roy (Jeremy Strong) doit reconnaître que le plan dans lequel il s’était engagé était nuisible à l’entreprise familiale et que son père avait raison. Les termes sont lâchés: OPA, actionnaires, offres concurrentes, solvabilité, risques boursiers… Le monde des médias et de la finance dans toute sa froide splendeur et sa cruauté.

« L’homme est un requin pour l’homme » et pendant que Kendall doit faire amende honorable face caméra, toute sa famille commente sa prestation en direct par téléphone interposé. Un débat clos par la déclaration assassine de son propre père, présidant la réunion du conseil d’administration de la Waystar Royco: « C’est la première fois de toute sa vie que mon fils assure… » Le fiel et la violence de la série Succession résumé en une seule phrase.

Pas de quartier, pas de sentiment, très peu de respect: la dure loi du marché s’applique jusqu’au cœur de la famille Roy qui voit les quatre enfants, potentiels héritiers de l’empire médiatique et de divertissements se déchirer, depuis l’annonce par le patriarche de son possible retrait des affaires. Un pugilat dont Logan Roy (Brian Cox), self-made-man écossais devenu magnat de la presse new-yorkais, façon Rupert Murdoch, se délecte visiblement. Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre cette saison pleine de fureur, d’injures et de mépris où les personnages rivalisent d’ignominie. Difficile de faire plus antipathiques et condescendants que les Roy entre eux.

Malgré sa musique guillerette et ses images sépia – témoignages d’une enfance dorée dans un univers de luxe feutré -, le générique de la série ne fait aucun mystère des guerres de couloirs à venir en juxtaposant les images de gratte-ciels anonymes, témoins de la surpuissance des entreprises et de la violence des enjeux, et celle d’un passe hanté par un père rarement présent et le plus souvent distant.

Entre Dallas, House of Cards et Shakespeare, c’est bien à un combat de gladiateurs que nous sommes conviés. Ici les fleurets ne sont pas mouchetés et chacun « joue » pour arracher la plus belle part de gâteau et faire mordre la poussière à l’ennemi. Impunité, intimidations, corruption, chantage: tous les moyens sont bons pour garder leurs positions privilégiées.

Replaçant chacun des pions sur l’échiquier en vue de la prochaine partie, la saison 2 permet de s’immerger sans trop de difficultés dans les méandres des relations faisandées de la famille Roy. Kendall, l’aîné, affaibli et discrédité est visiblement au plus mal tandis que Roman (Kieran Culkin), le cadet au profil de hyène, nourrit son agressivité à coup de discours rageurs et de faux-semblants orduriers.
Pendant que Connor (Alan Ruck) poursuit ses recherches d’antiquités, Siobhan (Sarah Snook), la plus ambitieuse de tous est prête à sacrifier jusqu’à son voyage de noces pour ne laisser passer aucune opportunité de bien se placer.

Cynisme, hypocrisie et cruauté sont les maîtres-mots de cette série aux interprètes virtuoses (à commencer par Brian Cox et Jeremy Strong), aux dialogues cinglants (signés Jesse Armstrong, entre autres, et Lucy Prebble) et à la réalisation millimétrée qui éclaire d’un jour peu flatteur les chocs et transformations en cours dans le monde des médias.

HBO a commandé une saison 3 de la série attendue à l’été 2020.

Karin Tshidimba