« 66-5 » : Après « Engrenages », retour à Bobigny et rappel à la loi du 93

« 66-5 » : Après « Engrenages », retour à Bobigny et rappel à la loi du 93

Après avoir chaperonné, et mené vers le succès, les flics d’Engrenages durant quatre saisons, la scénariste Anne Landois revient se frotter au monde judiciaire en banlieue. A voir sur Be tv, samedi à 20h30.

Pour Roxane (Alicia Isaaz), c’est le grand jour: celui de la toute première plaidoirie. Elle a beau connaître le dossier sur le bout des doigts, le vertige la saisit lorsqu’elle songe à la pression qui l’attend devant la cour. Malgré ses années de préparation, la jeune avocate se demande si elle sera à la hauteur. Mais, soudain, la machine bien huilée se grippe. Sam Bauer, son mari et par ailleurs associé au sein du cabinet familial, est accusé de viol par Juliette Hosten, une ancienne stagiaire. Malgré ses protestations, il est placé en garde à vue. En quelques minutes, c’est la dégringolade: le rêve de Roxane se brise. Non seulement son quotidien vole en éclats, mais les associés lui demandent de se tenir en retrait pour ne pas risquer les invectives et le conflit d’intérêt. Avec l’impossibilité de travailler à Paris, tout ce pour quoi la jeune femme s’est battue – ses études, son métier, son couple, son statut – lui est brutalement retiré.

Un malheur ne venant jamais seul, Yasmine, son amie d’enfance, lui demande de défendre son amoureux, Fouad Boudali. Elle, qui était si fière d’avoir réussi à Paris, dans un cabinet de droit des affaires, se retrouve à plaider au pénal à Bobigny… Mais Roxane doit bien le reconnaître: elle a aimé plaider et travailler est la seule issue si elle ne veut pas sombrer… Au risque de devoir se frotter à nouveau aux trafics et personnes qu’elle avait pris soin d’oublier depuis son départ de la cité… Et à sa mère qui n’a pas cessé de l’éviter ces dernières années.

Alicia Isaaz est Roxane Bauer, avocate de retour à Bobigny dans la série "66-5" réalisée par Anne Landois.

Plus dure sera la chute

On connaît la fascination d’Anne Landois pour l’exercice de la loi. Après Engrenages, impeccable plongée dans les univers policiers et judiciaires – dont elle a imaginé les scénarios durant quatre saisons -, la voici de retour aux affaires. La scénariste plonge son héroïne dans sa banlieue natale pour mieux observer les contours de sa déontologie professionnelle et la mettre à l’épreuve d’un réel toujours aussi âpre. Loin du cocon de son Paris bourgeois, Roxane se retrouve coincée entre les accusations de viol – qui la condamnent par ricochet – et sa connaissance des bandes locales, qui pourrait bien l’entraîner au-delà des règles qu’elle s’est fixées. De là, la référence du titre de la série à l’article 66-5 du Code pénal qui régit le secret professionnel entre l’avocat et son client…

Sur le thème du double dilemme, presque shakespearien, Anne Landois, au scénario, et Danielle Arbid (Passion simple), à la réalisation, créent un polar dense, viscéral et pourtant étonnement lumineux dans sa mise en scène. Les deux femmes braquent toute la lumière sur la mécanique implacable qui happe Roxane, et ceux qui la suivent, en risquant de broyer les plus faibles.

Alicia Isaaz est l’avocate Roxane Bauer dans la nouvelle série « 66-5 » imaginée par Anne Landois (« Engrenages »).

Cette histoire, imaginée en collaboration avec Audrey Fouché (Borgia), creuse les injustices et les inégalités de la société française, dévoilant les deux visages insuffisamment exposés de la République, de part et d’autre du périphérique… Une dichotomie qu’Anne Landois connaît bien, elle qui a grandi en banlieue.

De l’avocate aux voyous

Pour donner corps à son histoire, la scénariste s’est inspirée des récits de Clarisse Serre, avocate pénaliste et conseillère technique de la série, et des figures du banditisme qu’elle a longuement côtoyés. Le résultat, sombre et acéré, est à la hauteur des attentes de tous ceux qui ont repris goût à la fiction française dans le sillage d’Engrenages.

Outre le parcours de Clarisse Serre, Anne Landois a tissé une trame aux références contrastées, puisant dans l’expérience de Rachid Santaki, éducateur de Saint-Denis, organisateur des dictées géantes dans les cités, de Kourtrajme, le collectif d’artistes de Montfermeil (Les Misérables) ainsi que dans les souvenirs de nombreux juges et voyous…

Tournée en été, la série magnifie l’univers du tribunal de Bobigny où tout le monde semble se connaître. On le découvre bien plus féminin et plus jeune qu’on ne l’aurait pensé. On est frappé aussi par l’épaisseur humaine et la beauté de ses personnages : Yasmine (Nailia Harzoune), l’amie d’enfance de Roxane, infirmière ; la juge Bokobza (Rani Bheemuck)… Mais aussi par le charisme de ceux que Roxane retrouve sur sa route : son premier client, Rudy (Melvin Boomer, le JoeyStarr de la série Le Monde de demain) ou Bilal (Raphaël Acloque), son amour de jeunesse devenu voyou.

Face à eux, la formidable Alice Isaaz, sur laquelle flotte l’ombre de l’avocate Joséphine Karlsson (Engrenages), campée durant huit saisons par l’actrice Audrey Fleurot. Une autre histoire de transfuge de classe.

Karin Tshidimba

Tournage en juin pour Osmosis, la nouvelle série française de Netflix

Tournage en juin pour Osmosis, la nouvelle série française de Netflix

Osmosis 2.jpgNetflix a décidé de ne pas prolonger l’agonie de Marseille, personne ne s’en plaindra. Après une première saison calamiteuse, peu de curieux s’étaient penchés sur la saison 2. Nullement échaudée, la plate-forme a déjà annoncé la mise en oeuvre de trois nouveaux projets dont la série Osmosis confiée à Audrey Fouché, jeune scénariste française formée aux Etats-Unis sur Les Borgia de Tom Fontana (cf. interview).

Osmosis imagine un futur proche où la recherche du partenaire idéal serait confiée à une application spécialisée et à une série d’algorithmes… Une idée développée au départ sous forme de websérie pour Arte Creative. Le tournage de la « série longue » est prévu en juin pour une diffusion début 2019. Même si elle ne peut pas ecore « en parler en détails », on a fait le point avec Audrey Fouché sur l’avancement du projet.

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Etre scénariste en France ou aux Etats-Unis ?  « C’est le jour et la nuit »

Etre scénariste en France ou aux Etats-Unis ?  « C’est le jour et la nuit »

Audrey Fouché scénariste.jpgFormée aux USA par Tom Fontana, après sa sortie de la Fémis, Audrey Fouché travaille aujourd’hui à Paris, notamment sur la prochaine série pour Netflix, baptisée Osmosis. De retour en France, elle rêve d’adapter le modèle US au système français, mais souvent cela coince. On a discuté avec elle des différences entre les deux systèmes. Retour sur un parcours éclairant des Borgia en passant par Les Revenants.

Après quatre ans de formation en tant que réalisatrice à la Fémis qui était encore une école «purement cinéma» à ce moment-là, Audrey Fouché fait un stage sur la série Reporters de Capa « parce que cela m’intéressait. Je me souviens: on m’avait dit : attention, tu ne pourras plus jamais faire de cinéma. Tu vas gagner de l’argent à écrire des choses honteuses », se souvient-elle, hilare.

A l’époque, Audrey Fouché a envie d’écrire un long métrage et de le tourner. Coup de chance, elle rencontre un producteur via son jury de fin d’étude à la Fémis.

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Osmosis: l’amour 100 % garanti, nouvelle série de Netflix

Osmosis: l’amour 100 % garanti, nouvelle série de Netflix

Osmosis.pngUn site de rencontres qui vous garantit de trouver l’âme sœur grâce à un algorithme révolutionnaire, ça vous intéresse ?
Alors Osmosis est fait pour vous. Dans un futur proche, ce site à réalité augmentée vous permettra de trouver à coup sûr le ou la partenaire idéal(e) et d’aimer sans risque. Mais, dans ce cas, peut-on encore parler d’amour librement consenti ?

Sur cette question d’apparence anodine, les trois frères Chiche ont bâti, en 2015, une troublante websérie d’anticipation pour Arte Creative flirtant avec les limites de l’intelligence artificielle.
Les quatre auteurs (Gabriel, Louis et William Chiche mais aussi Loïc Belland) y soulignaient, au fil de 10 épisodes (en 6 minutes), l’importance du risque, la possibilité d’échec, le doute et l’instinct comme autant de composantes faisant partie intégrante de la nature humaine.

Cette trame et cet univers sont ceux choisis par Netflix pour sa deuxième production originale française, après l’échec cuisant de 2016.

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