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wolf hall 5.jpgWolf Hall*** prend le contrepied des séries historiques qui ont fait florès ces dernières années: Rome, Les Tudor, Borgia, Versailles,… Toutes plus clinquantes et tapageuses, emplies de bruit et de fureur. Filmée à hauteur de personnage, à la manière du documentaire, pratiquement sans musique ni lumière additionnelle (si ce n’est celles, discrètes, montrées à l’écran), elle saisit un quotidien relativement simple, loin des fastes de la cour et des palais, et des données politico-religieuses, au contraire, très complexes dans cette Grande-Bretagne en pleine mutation.

Faire «des films sur des gens ordinaires placés dans des situations extraordinaires» tel est le credo de Peter Kosminsky, documentariste de formation, car les conflits sont d’extraordinaires révélateurs de «ce genre de cheminement personnel». Cette préoccupation est constante dans sa filmographie, un travail au plus près du réel dont Arte a souvent été la partenaire au fil des années (cf. note précédente). Avec Wolf Hall, il insuffle la vie à une page d’Histoire anglaise, récit à découvrir ce jeudi dès 20h55.

wolf hall 1.jpg«Si les producteurs ont accepté que je tourne cette série alors que je n’avais pas l’habitude des fictions en costumes, c’est parce que Wolf Hall est une affaire éminemment politique, une thématique que j’ai traitée à de nombreuses reprises», confie-t-il modeste.
Plus qu’une démonstration de faste, de fougue et de talent, le réalisateur a choisi de faire de son récit, une «réflexion sur la diplomatie à l’oeuvre quand un chef jouit d’un immense pouvoir. Une étude sur la fragilité du pouvoir». Thomas Cromwell, bien que premier conseiller du Roi, dépend en effet entièrement du bon vouloir d’Henri VIII (Damian Lewis, photo).

En se lançant dans cette aventure fondatrice de l’histoire de la royauté britannique, le cinéaste affiche un parti pris triplement audacieux.

1- Adapter la saga littéraire homonyme, véritable best-seller en Angleterre (dotée du Man Booker Prize 2009) avec le risque de désappointer les fans de l’auteure, Hilary Mantel. Celle-ci frappée par l’absence de biographie sur le ministre du Roi, avoue que sa curiosité était piquée au vif par l’incroyable destin de cet homme parti de rien.
wolf hall.jpg«Beaucoup voyaient en lui un homme cruel destiné aux basses besognes mais lorsque l’on contemple son oeuvre – nouvelles unions, nouvelles lois, séparation d’avec Rome, Réforme de l’église d’Angleterre -, force est de constater qu’il n’était rebuté par aucune entreprise.» Une ambition doublée d’une formidable capacité d’adaptation, souligne l’auteure dans une interview au Guardian.

2- En choisissant ce biais, Peter Kosminsky procède lui aussi à la réhabilitation du personnage: Thomas Cromwell, réputé mauvais et cruel, face à Thomas More qui a toujours eu les faveurs d’une grande partie du public (catholique). A sa suite, on découvre un homme d’une nature complexe et introvertie. Doué d’une excellente mémoire, Cromwell brille surtout par sa capacité d’écoute et son éloquence, prompte à déjouer les pièges qu’on lui tend. Sa capacité d’influence, c’est d’abord par la rigueur et la justesse de ses analyses qu’il l’a acquise.

3- Enfin, Peter Kosminsky impose le triomphe de l’esprit et du débat sur la fureur de la guerre et l’ardeur des ébats. Il opte pour la sobriété en lieu et place de la magnificence. Un enjeu de taille lorsque l’on songe aux nombreuses adaptations au cinéma, au théâtre et en télévision dont la saga des Tudor a déjà fait l’objet (« Deux soeurs pour un roi », Les Tudor de Michael Hirst, etc).

Succès inattendu du début 2015, la série a rassemblé jusqu’à 6 millions de téléspectateurs en Grande-Bretagne, malgré son rythme lent et la complexité de son intrigue. Elle a aussi suscité une pluie de commentaires très positifs aux Etats-Unis. Impressions confirmées par l’attribution du titre de meilleure mini-série, dimanche 10 janvier, lors de la 73e cérémonie des Golden Globes.

Peter Kosmisnky a donc remporté son pari. Une réussite qui connaîtra une suite puisque l’intrigue de Wolf Hall est encore inachevée. Le dernier volet de la trilogie est en cours d’écriture et devrait, ensuite, être adapté en télévision. Kosminsky s’est déjà déclaré partant pour s’en occuper…

KT