sanctuaire.jpgEn 1984, le Pays basque est le théâtre de violents incidents. Les indépendantistes vivent côté français, tolérés par le gouvernement socialiste de François Mitterrand. Mais leurs incursions du côté espagnol sont monnaie courante. Face à eux, un mystérieux mouvement, le Gal (Groupe antiterroriste de Libération), se lève qui multiplie les attentats contre les Etarras et leurs sympathisants jusqu’au cœur de leur Sanctuaire** français.
Cette violence entraîne un déchirement entre ancienne et nouvelle garde de l’ETA. Entre ceux qui ont lutté contre la dictature de Franco et ceux, plus jeunes, qui ont désormais d’autres revendications en tête. Quitte à soupçonner les “anciens” de
“se ramollir et de se renier”.

Ce nouveau thriller politique dense, basé sur des faits historiques, est notamment porté par un autre Belge: Jérémie Renier (photo). Produit par Canal+ et primé lors du Festival international des programmes audiovisuels (Fipa) de Biarritz en janvier dernier, il est à suivre ce mardi à 20h55 sur Be1.

C’est l’histoire d’un mouvement de fierté nationale qui va dériver vers le terrorisme le plus abject et semer la terreur parmi les siens”  résume le réalisateur belge Olivier Masset-Depasse (photo). “Les Basques ont beaucoup souffert sous la dictature franquiste. On voulait montrer une organisation qui sombre parce que ses premières actions n’ont pas obtenu le résultat escompté.”

sanctuaire 1.jpgLorsque j’ai été contacté pour faire ce film, Xabi et Quitterie, qui sont du Pays basque, avaient déjà fait des recherches très poussées. J’ai puisé dans mon vécu de Belge francophone pour explorer les frustrations qu’ont pu vivre les Basques par rapport à l’emploi d’une autre langue ou l’imposition d’une autre culture” a-t-il expliqué lors de la présentation à Biarritz, en janvier dernier.
Le Festival international des programmes audiovisuels (Fipa), un lieu forcément symbolique ancré en plein cœur du Pays basque où la projection a été très suivie dans les deux langues.

L’histoire, dense, complexe et parfois tortueuse du mouvement autonomiste, y est parfaitement compréhensible, même pour un public néophyte. Et illustre la lente montée de la violence au sein d’un mouvement identitaire.
On a commencé à travailler sur le projet en juin 2010 et il était déjà en développement depuis un an. Cela ne pouvait qu’être une fiction parce qu’il y a de nombreuses réalités que l’on ne peut plus documenter aujourd’hui : les témoins sont morts ou ne veulent pas parler. Et si on veut donner une idée des réunions entre les conseillers de Mitterrand ou au sein de l’ETA, cela passe forcément par la fiction” explique Xabi Molia, coauteur.

On a pris le temps de rencontrer toutes les parties : police, justice, sympathisants, etc. On n’est pas toujours dans l’exactitude des lieux, des heures ou des jours mais ce qui nous importait, c’était d’êtres justes vis-à-vis des personnages” explique Quitterie Duhurt-Gausseres, à l’origine du scénario. “Il nous semblait important de filmer la complexité politique qui empêche l’établissement de vraies relations humaines. On a essayé de comprendre les personnages sans tout cautionner, ni excuser ce qui a été fait.”

En démocratie, il faut toujours tenter de voir son adversaire comme un être humain. La question du fanatisme chez les Etarras est celle d’un combat qui s’est fourvoyé car il ne savait plus quels moyens utiliser pour se faire entendre” poursuit Xabi Molia.

sanctuaire 2.jpgDans cette lutte aveugle, Jérémie Renier incarne Grégoire Fortin, jeune conseiller de Mitterrand qui tente d’établir un dialogue entre les parties; Juana Acosta est Yoyès, activiste repentie (photo) et Alex Brendemühl est Txomin, chef emblématique, en perte de vitesse (photo du haut).

Sanctuaire** , première incursion en télévision du réalisateur belge, a été salué de deux prix au Fipa: Fipa d’or du meilleur scénario original accordé à Quitterie Duhurt-Gaussères, Xabi Molia, Pierre Erwan Guillaume et Olivier Masset-Depasse et Fipa d’Or de la meilleure interprétation féminine attribué à Juana Acosta pour le rôle de Yoyès.

KT,à Biarritz

Et la bande annonce ? Elle est à voir ici