Le cocréateur Romain Renard et la comédienne Alexia Depicker parlent de leur travail sur la nouvelle série d’anticipation belge crépusculaire, présentée au Bifff ce lundi soir et diffusée sur La Une dès jeudi.
“Quand une personne décède, une multitude de questions se posent, souligne Romain Renard, auteur de BD reconnu et cocréateur de la série belge Ethernel. À travers les objets que la personne laisse derrière elle, on voulait interroger le lien entre absence et présence. Une question s’est imposée : et si une nouvelle technologie permettait de communiquer au quotidien avec les morts ?”
Face au deuil, les questions affluent souvent alors même que le dialogue est devenu impossible. Ce manque a mené Romain Renard à soulever cette question dérangeante mais aussi source d’espoir. “J’en ai parlé avec mon ami Oliver Tollet et lui ai proposé cette idée de série.” Le premier est devenu le coscénariste de la série belge Ethernel***, mais aussi le directeur artistique et le compositeur de la bande-son tandis que le second en assure le co-scénario et la co-réalisation.
La fiction explore l’impact de l’invention de la borne Etherna sur notre relation à la mort. En quoi cette innovation modifie-t-elle nos relations intimes ?

La question est particulièrement pertinente pour Elsa, thanatopractrice pleine d’empathie et de douceur jouée par la comédienne Alexia Depicker. Dans son travail de mise en beauté des défunts, ce dialogue est en effet essentiel.
“J’étais emballée par cette histoire. Chaque personnage, aussi bien les rôles principaux que les rôles secondaires, a une complexité incroyable, une histoire à défendre. C’était magique. L’univers aussi était tout à fait inédit en Belgique. Donc ça me plaisait de pouvoir apporter une humanité à cet endroit.”
Pour ses scènes de dialogues avec les morts, la comédienne a pu compter sur la complicité de deux acteurs. L’un jouant le défunt et l’autre, invisible à l’écran, lui donnant la réplique. “Il a fallu apprendre à jouer avec cette personne dissociée entre sa voix et sa chair. C’était assez beau parce que ça donne une dimension multiple : comme si la personne était à la fois partout et concentrée dans son enveloppe charnelle.” À charge, pour l’actrice, de connecter dans son esprit, l’image et le son.
Objets de mémoire et de coeur
Le dialogue est rendu possible par le biais d’un “objet transitionnel” placé face à la borne Etherna. Un terme pas du tout anodin puisque c’est ainsi que l’on nomme les objets et autres doudous qui accompagnent les enfants en bas âge partout.
“De toute façon, nous ne sommes que des enfants qui vieillissent et nous sommes voués à devenir un jour ou l’autre orphelins, souligne Romain Renard. Donc, qu’on ait 5 ans ou 90 ans, on reste attaché à des matières, des odeurs. Ça nous paraissait intéressant d’explorer des objets qui pouvaient être chargés d’une mémoire émotionnelle.”

“Ces objets sont tout ce qui nous reste quand quelqu’un s’en va, poursuit Alexia Depicker. De fait, ils sont très chargés émotionnellement. Un objet comme un corps peut avoir une forte signification émotionnelle. Tout ce qu’il fallait faire finalement, c’était doser la charge émotionnelle qu’on avait face à cet objet.” Un exercice dans lequel la comédienne se montre très convaincante. “On a été complètement subjugués par son jeu très naturel. Alexia nous a cueilli dès le départ, ça c’est sûr”, souligne Romain Renard.
Grâce à la borne Etherna se pose la question du lien avec nos proches disparus, mais aussi la possibilité de s’adresser à des personnalités connues, avec les trafics éventuels que cela pourrait engendrer…
Dans la série, le policier David Novack (Michaël Abiteboul) mène diverses enquêtes en interrogeant des défunts tandis qu’Edwige Baily (Pandore) campe Lara Di Angeli, une agente italienne chargée par les autorités du Vatican de récupérer un coffret d’une valeur inestimable, potentiel objet transitionnel. Son personnage, résolument opaque, endosse notamment les interrogations sur la place de la religion dans nos vies.
Mettre en valeur l’absence, le silence
Le postulat de la réalisation, signée par Nicolas Boucart et Olivier Tollet, est de “filmer en donnant de la place aux morts”. À travers leurs interactions avec les vivants, bien sûr, mais aussi en injectant dans le récit des bribes de vies passées qui émergent via des photos ou des films amateurs…
La série est le résultat d’une lente gestation (quatre ans) qui a dû tenir compte de nombreux impératifs de faisabilité, financière notamment. En resserrant l’intrigue sur certains personnages, sur certaines pistes tout en veillant à “créer une série qui ait une identité visuelle propre, même si on n’avait pas énormément d’argent.”

La question du deuil entraîne forcément certaines comparaisons avec des séries comme The Leftovers ou Les Revenants, même si Ethernel, à travers sa composante d’enquête policière, est nettement moins centrée sur la philosophie ou la mélancolie. Et les défunts n’y sont présents que par le biais de leur voix. Une donnée qui pourrait être abordée autrement, en cas de succès, et de saison 2…
Déjà disponible sur Auvio, la mini-série en six épisodes, présentée dans le cadre du Festival Séries Mania fin mars, est présentée au Bifff ce lundi soir et arrive jeudi sur La Une.
Karin Tshidimba, à Lille
nb : Sur un ton plus léger, mais toujours en lien avec la mort, on pense aussi aux séries Pushing Daisies ou Dead like me.
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