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La fin est proche. Dénonciation majeure des violences faites aux femmes, la saison 6, de la série adaptée de l’œuvre de Margaret Atwood, arrive enfin sur Prime Video et Netflix. Elle promet une fin en apothéose, pourtant, elle a perdu une partie de son public en raison de sa violence…

June (Elisabeth Moss), ex-servante écarlate échappée de Gilead, va-t-elle enfin délivrer sa fille aînée Hannah ? À l’heure de la lutte finale, cette question centrale ouvre l’ultime saison de la série dystopique, écrite par son créateur Bruce Miller durant la campagne de réélection de Donald Trump.

Les combats qui jalonnent ces dix derniers épisodes de lutte contre une dictature obscurantiste tendent un miroir à peine déformé à notre réalité, aux États-Unis et ailleurs. C’est la grande force de cette série qui, en raison de son âpreté, a pourtant perdu une partie de ses admirateurs/admiratrices en cours de route. Entre-temps, elle a déjà aussi donné naissance à une série dérivée, The Testaments, adaptation de la suite de La Servante écarlate, imaginée par la même Atwood. Elle se concentre sur l’éducation donnée aux jeunes filles de bonne famille, futures femmes de Commandeurs dans la République de Gilead.

June Osborne (Elisabeth Moss) est déterminée à ce que cesse la violence engendrée par la République de Gilead.

Bien sûr, un certain nombre de fans trépignent à l’idée de découvrir comment la série bouclera son parcours, mais si sa force symbolique demeure, son attractivité, elle, a singulièrement baissé, en raison du trauma généré. Regarder The Handmaid’s Tale demande une sacrée endurance… Raison pour laquelle, tout en soulignant l’importance de la dénonciation du régime phallocrate de Gilead et le plaidoyer en faveur des libertés individuelles, nombre de fans ont cessé de regarder la série.

La faute à un climat anxiogène difficile à supporter sur la durée, à une surenchère dans l’horreur entraînant, parfois, une impression de voyeurisme morbide. Mais surtout à une accumulation d’épreuves, sur six saisons, donnant le sentiment que l’intrigue se répète, tuant l’espoir à petit feu sans jamais relâcher ses femmes captives.

Pour beaucoup, la sidération est à la hauteur de l’angoisse et de la tristesse générées car, bien que fictive, la situation décrite est plausible et proche de réalités actuelles (aux États-Unis et ailleurs). Sentiment encore renforcé par les décisions récentes de l’administration Trump.

On salue le talent de mise en scène d’un univers dystopique inquiétant et, pourtant, singulièrement proche. Ainsi que la remise en lumière du roman éponyme majeur de Margaret Atwood (1985), dont les résonances actuelles ne cessent de nous glacer le sang. Tout dans l’organisation ultra-hiérarchisée et liberticide de la République de Gilead a de quoi nous inquiéter.

The Handmaid’s Tale a le mérite d’avoir frappé les esprits et réveillé les consciences sur les violences et les injustices faites aux femmes ainsi que sur les dérives des sociétés autocratiques. Par résonance et comparaison, la série a permis d’alerter sur ces nations privant, aujourd’hui encore, les femmes de droits élémentaires (éducation, contraception, etc.) alors même que nous pensons nos sociétés “évoluées”. Mais, une fois l’attention retenue et le public mobilisé, la série a eu le tort de sombrer dans une surenchère de représentations de la cruauté et de la douleur, orchestrant une sadisation de ses personnages principaux, surtout des femmes, et prêtant le flanc à l’accusation de recours à outrance à la violence (viol, punition, torture,…). Une complaisance dénoncée sous le terme générique de “trauma porn” qui masque en partie le message politique de l’œuvre.

Des contes et des couleurs

Du Petit Chaperon rouge convoité par le loup – mais qui, à la fin, se retourne et se venge – à Cendrillon, servante et esclave domestique, dont la belle-mère et les belles-sœurs ont eu tort de sous-estimer la valeur, les références aux contes pour enfants sont légion dans The Handmaid’s Tale. Littéralement Le conte de la servante (écarlate), récit imaginé par Margaret Atwood et transposé en série par Bruce Miller, en adopte de nombreux codes. L’utilisation de la couleur rouge, celle du sang, de la douleur et de la rage, est aussi éminemment symbolique…

Dans le rôle du Prince charmant élégant, mais tyrannique et inquiétant, l’acteur Josh Charles fait une entrée remarquée dans cette saison placée sous le signe de la rébellion. On le sait, à l’issue de cette saison 6, le combat est transmis à une nouvelle génération (habillée en violet) dévoilée dans la série dérivée, baptisée The Testaments. Adaptation du roman, signé en 2019, par la même Margaret Atwood, ce récit retrace les événements intervenus quinze ans après ceux contés dans La Servante écarlate.

Karin Tshidimba

The Handmaid’s tale** Dystopie politique Création Bruce Miller, d’après le roman de Margaret Atwood Réalisation Daina Reid, Elisabeth Moss et Natalia Leite Avec Elisabeth Moss, Yvonne Strahovski, Ann Dowd, Samira Wiley… Sur Prime Video et Netflix Le 10/6 (10 x 46 minutes)