Comme la nouvelle création de Netflix, nombre de séries actuelles se penchent sur la spiritualité et les religions. Il Miracolo, Messiah, The New Pope : qui aurait parié sur un tel attrait pour le sacré au début du XXIe siècle ? À part quelques philosophes, bien entendu.

Avec la nouvelle série Netflix, Messiah, lancée le 1er janvier, Our Boys qui l’a suivie le 7 janvier et The New Pope, lancée ce lundi sur Canal + – et dès le 25/01 sur Be TV -, les religions et la spiritualité, en général, sont à nouveau au centre du débat. C’est la concentration des récits abordant ces thématiques qui attire l’attention car, dans les faits, elles ne l’avaient jamais vraiment quitté. Des séries comme Lost, Rectify ou, bien sûr, The Leftovers, pour ne citer que les plus évidentes d’entre elles, proposent de fréquentes piqûres de rappel…

Tensions et opinions multiples

Il y a à cela plusieurs raisons objectives : les séries sont le miroir de notre époque en proie à de multiples bouleversements sociétaux. Qu’il s’agisse de la parole des femmes qui se libère (Big Little Lies), des craintes face à un raidissement de la morale et à une restriction des droits individuels (The Handmaid’s Tale , à voir sur Auvio) ou à une humanité qui court à sa perte face à l’essor de l’intelligence artificielle et au règne des machines (Westworld saison 3, attendue en mars sur BeTV ; Black Mirror, disponible sur Netflix). Regain de tensions internationales, crises économiques et périls démocratiques nourrissent les imaginaires des scénaristes.

Les séries sont aussi un lieu idéal de l’exploration de l’intime. Celui qui mine le quotidien du Révérend Félix Iguero (John Ortiz dans Messiah) dans sa petite localité du Texas, où il croule sous les dettes, sans voir que sa fille Rebecca (Stefanie LaVie Owen) ne rêve que de quitter ce « bled mortel »… Celui du Premier ministre Pietromarchi, bien en peine de comprendre ce qui se joue avec cette statue de la Vierge versant des larmes de sang (Il Miracolo). Ou celui de la petite ville de Jarden (au Texas), qui ne sait pas pourquoi elle a échappé au phénomène de la disparition de 2 % de la population mondiale (The Leftovers). Partout, la même stupeur, les mêmes questionnements. Des interrogations existentielles auxquelles le récit sériel offre le temps long de l’approfondissement et la possibilité de la confrontation des multiples opinions.

Prophète, agitateur ou escroc

C’est le cas de la série Messiah**, qui suit la traque par une agent de la CIA (Michelle Monaghan) et un officier israélien du Shin Bet plutôt borderline (Tomer Sisley) d’un « mystérieux Iranien » (le très convaincant acteur belge, Mehdi Dehbi vu dans la série L’Infiltré), dont les apparitions sont suivies de miracles et de mobilisation de foules anonymes.
Qui est ce jeune homme au charisme indéniable, au visage apaisé et à la détermination sans faille, qui se dit envoyé par Dieu ? Que cherche-t-il ? Est-il vraiment un prophète comme il le prétend ou est-ce un escroc et son but est-il de troubler l’ordre public et la paix mondiale ?

Dans cette série en 10 épisodes où l’on suit un messager inscrit dans l’ère moderne, la quête de rédemption a un impact viral sur le Net et dans la vie de toutes celles et ceux qui se mettent sur la route d’Al-Masih, tout en ébranlant les équilibres géopolitiques d’une région déjà sous tension.

Créé par l’Australien Michael Petroni (The Book Thief) et réalisé par James McTeigue (V pour Vendetta) et Kate Woods (Rectify), ce thriller explore le pouvoir de l’influence et questionne la foi à l’ère des réseaux sociaux.
En l’espèce, la réalité a même rattrapé la fiction puisqu’une polémique a appelé au boycott de la série sur le Net. Portée par un parfum de soufre, Messiah a été accusée de porter « atteinte à la religion musulmane ». Tournée en partie en Jordanie, et soutenue par la Commission du film, la série a été critiquée par le gouvernement jordanien, qui a demandé à Netflix la suspension de sa diffusion sur son territoire…

Karin Tshidimba