Audrey Fleurot explose dans cette série policière qui aborde avec humour la question des individus à Haut potentiel intellectuel (HPI). L’une des singularités mises en avant dans les fictions actuelles. A voir le mardi à 20h30 sur La Une et dès jeudi à 21h05 sur TF1

En télescopant par mégarde un dossier criminel dans le commissariat qu’elle est en train de nettoyer, une femme de ménage survoltée et atypique débusque de nombreuses incohérences qu’elle s’empresse d’épingler sur le tableau d’enquête concerné. Pour Morgane, tout cela n’est que très banal : diagnostiquée HPI** pour Haut potentiel intellectuel, elle ne peut s’empêcher de résoudre les problèmes qu’elle détecte ou de remédier aux incohérences qu’elle croise, sous peine de ne pas pouvoir dormir.
Contactée par les inspecteurs en question, la jeune femme ne se laisse pas impressionner et s’empresse de leur donner sa vision de l’affaire en cours, vision qui s’avérera exacte. Cette attention accordée au moindre détail et cette puissance de la logique et de la déduction faisaient déjà la force d’un personnage comme Monk (2002-2009), devenu, bien avant Morgane, un précieux allié de la police de San Francisco, malgré ses tocs (Troubles obsessionnels compulsifs) et ses nombreuses phobies, dont celle des microbes…

Morgane Alvaro (Audrey Fleurot) et Adam Karadec (Mehdi Nebbou) dans « HPI »

Drôle, attachante, perspicace et fonceuse, Morgane Alvaro est nettement moins rigide et coincée que son prédécesseur. Rétive à tout autorité, elle n’a pas froid aux yeux et n’hésite pas à envoyer valser tous ceux qui voudraient la rouler. Un personnage qui allie les capacités intellectuelles de Sherlock Holmes (sens de l’observation, logique et mathématique) à un look sans compromis et détonant.
Le rôle permet à Audrey Fleurot de prouver son talent en matière de comédie, brièvement mis en valeur dans la série Dix pour Cent. Elle qui a plutôt brillé jusqu’ici grâce à sa puissance de réflexion et à ses capacités de séduction, souvent sulfureuses, que ce soit au service d’Engrenages, d’Un village français ou du Bazar de la charité. Si son physique de vamp est toujours mis en avant, il arbore une dimension plus revendicative et hors cadre qui n’a plus rien à voir avec le triomphe de l’élégance ou du bon goût. Un peu comme si l’héroïne de Profilage, l’excentrique Chloé Saint-Laurent (Odile Vuillemin) était entrée en collision avec la pop star Cyndi Lauper.

Profilage, Astrid et Raphaëlle, Atypical, Monk, The Good Doctor

Les séries françaises se font une spécialité de personnalités féminines fantasques, hors cadre ou bruts de décoffrage sans doute parce que le polar social n’est pas inscrit dans leur ADN, contrairement à celui des Britanniques. Entre la très lunaire Chloé Saint-Laurent de Profilage, l’excentrique médecin légiste Alexandra Ehle, le Capitaine Marleau sans gêne et sans reproche (qui enquête sans entrave à travers tout l’Hexagone) et Candice Renoir, l’éternelle amante et flic intuitive, la galaxie des enquêtrices françaises ne manque pas de piquant. Même si l’entrée en scène de ces Drôles de dames relève plus souvent de la coïncidence hautement improbable ou de la pure fantaisie.

Pourtant, ce choix a aussi une vertu : à mettre en avant des profils aussi atypiques que sympathiques et touchants, la fiction permet d’arrondir certains angles et de mettre en lumière des profils que l’on aimerait voir plus souvent valorisés au quotidien.

Que ce soit pour évoquer le quotidien d’Astrid (archiviste et autiste Asperger) de la série Astrid et Raphaëlle ou celui de Caïn (policier en chaise roulante, France 2, 2012-2020), on sait les distances que la fiction n’hésite pas à prendre avec la différence ou le handicap. Et pourtant, des séries telles que The Good Doctor (ABC – 2017) ou Atypical (Netflix – 2017) ont permis de changer certains regards sur l’autisme même si elles ont également connu leur lot de critiques de la part de personnes vivant réellement avec le syndrome décrit.  La démonstration n’étant pas exempte de raccourcis ou de caricatures. Qu’il s’agisse du spectre autistique ou des personnes HP ou HPI, la constante est que chaque profil est extrêmement différent. Une réalité qu’il avait déjà fallu rappeler en 1988, après le succès du film Rain Man.

Un personnage à étoffer

Dans le cas de Morgane Alvaro, c’est la disparition de son amoureux qui explique sa décision de collaborer avec la police. Sa quête constitue le fil rouge de cette saison en huit épisodes; reste à espérer qu’il sera traité avec le sérieux qui s’impose. Quant au regard sur les personnes HPI, pour juger de sa pertinence, il faudra attendre de voir quel sillon la série proposera de creuser sur la longueur.

Créée par Nicolas Jean, Alice Chegaray-Breugnot (La Mante) et Stéphane Carrié, HPI a été réalisée par Vincent Jamain et Laurent Tuel. Face à Morgane Alvaro, on retrouve Mehdi Nebbou (Occupied) dans le rôle du commandant Karadec, qui n’est bien sûr pas ravi d’être forcé de collaborer avec cette mère célibataire de 38 ans, trimbalant ses « 3 enfants, 2 ex, 5 crédits et 160 de QI ».

A ses côtés, on croise Bruno Sanches (L’école de la vie), Marie Denarnaud et la Belge Bérangère Mc Neese qui forment une équipe d’enquêteurs solides. Si tous les seconds rôles ne brillent pas avec autant de conviction, cette série légère, efficace et rondement menée devrait séduire les amateurs d’énigmes policières. La semaine dernière, 32,4 % de Belges ont succombé au charme de ce petit plaisir qui, par les temps qui courent, n’a plus rien de coupable.

Karin Tshidimba

mise à jour (30.04): La nouvelle enquêtrice a raflé la mise sur TF1 avec 9,3 millions de curieux, un score qu’aucune fiction TF1 n’avait plus atteint depuis 2010…