Sélectionner une page


Une activiste aborigène (Deborah Mailman) entre au Parlement à la demande de la Première ministre (Rachel Griffiths), mais les dés du jeu politique semblent sérieusement pipés. A voir dès ce jeudi sur Arte

Alexandra Irving (Deborah Mailman) a tenu tête à un forcené, tirant au hasard sur la foule. Un homme connu de la justice pour violences conjugales. Depuis, son courage et sa détermination ont fait le tour de la toile. En quête d’une nouvelle alliée pour sa famille politique en difficultés, la Première ministre Rachel Anderson (Rachel Griffiths repérée dans Six Feet under) offre un poste de sénatrice à Alexandra. Aux yeux de cette aborigène novice en politique, c’est l’occasion rêvée de voir mieux défendus les intérêts de son Queensland natal et de ses habitants, principalement aborigènes. Mais les règles du jeu politiques ne sont vraiment pas celles auxquelles Alex s’attendait.

Déployée en 3 saisons de 6 épisodes chacune, diffusées en Australie entre 2019 et 2024, Total Control offre un regard contrasté sur l’outback australien et sur les discriminations qui perdurent sur l’île-continent : chômage, sans-abrisme et services médicaux et sociaux en rade dans les parties les plus pauvres du pays où sont reléguées la plupart des communautés aborigènes. Sans oublier les drames dénoncés dans la série Little Bird qui rappelle la politique de séparation imposée aux enfants des populations autochtones au Canada comme en Australie. Autant de situations choquantes au pays de la chance («The Lucky country») pourtant réputé et régulièrement mis en lumière pour ses opportunités d’évasion et ses paysages d’exception.

« Total Control »: Face à Rachel Anderson (Rachel Griffiths, à droite), Alexandra Irving (Deborah Mailman) fait figure de novice en politique.

Une lutte de longue haleine

À la façon de la série Borgen, cette création de Darren Dale, Miranda Dear et Rachel Griffiths, observe les mécanismes du pouvoir à l’oeuvre dans les coulisses du Parlement de Canberra, entre trahisons, chantages et jeux d’influence. Un univers principalement blanc et masculin où Alexandra Irving fait doublement office d’exception culturelle. (Dans la réalité, il a fallu attendre 2013 pour voir entrer une première représentante aborigène, Nova Peris, ancienne championne olympique et joueuse de hockey, au Parlement fédéral australien.)

Ancienne infirmière déterminée, devenue une politicienne volontaire mais inexpérimentée, Alex Irving tente d’y faire entendre la voix de la population originelle, souvent méprisée dans les hautes sphères du pays des Aussies. Une réalité que cette série coscénarisée par l’actrice Rachel Griffiths et réalisée par Rachel Perkins, s’emploie à décrypter et à dénoncer à travers le parcours de la formidable Deborah Mailman (découverte dans Les Saphirs) et de ses rares alliés.

Le résultat est un récit qui séduit par sa richesse humaine et par la profondeur de son propos et de son analyse politique, largement extrapolable sous d’autres latitudes, même si ses changements de rythme peuvent parfois surprendre. Seule la première saison, présentée en avant-première au Festival de Toronto, sera proposée sur Arte.

Sans remonter jusqu’à Hartley Coeurs à vif (1994-1999), l’Australie a largement démontré au fil du temps sa capacité à marquer le paysage sériel mondial avec des récits faisant résonner nos réalités sociales et éclairant de façon originale certains de nos dilemmes actuels. On songe notamment à La Gifle ; Secrets and Lies ; The Devil’s playground ; The Code ; The Tourist ou la formidable Upright.

Karin Tshidimba

Total Control*** Jeux de pouvoir Création Darren Dale, Miranda Dear et Rachel Griffiths Réalisation Rachel Perkins Avec Deborah Mailman, Rachel Griffiths, Harry Richardson… Sur Arte.tv 6 x 50 minutes