Avant d’être un célèbre avocat, Perry Mason fut un détective miteux, c’est ce que révèle la nouvelle série HBO disponible lundi à 21h sur Be tv.

Si vous gardez en mémoire les joutes cinglantes auxquelles se livrait l’imposant avocat (Raymond Burr) dans la série judiciaire américaine Perry Mason***, mieux vaut ne pas vous accrocher à cette référence réconfortante.

Perry Mason s’apprête en effet à entamer sa troisième vie sur HBO. Apparu le 21 septembre 1957 sur la chaîne CBS, il a redressé les torts des malfrats au fil de 271 enquêtes menées jusqu’au 22 mai 1966. L’homme arborait les traits de Raymond Burr, Barbara Hale campant son adjointe Della Street.
Interrompue après neuf saisons, la série a repris du service dans les années 80, l’acteur Raymond Burr reprenant son rôle vingt ans après la première série. De 1985 à 1995, le comédien est remonté à la barre pour défendre ses clients face à la justice, triomphant grâce à sa rhétorique implacable, à la finesse de ses interrogatoires et aux enquêtes rondement menées par son adjoint Paul Drake (William Katt) et la toujours fidèle Della Street.

La jeunesse brisée de Perry Mason

La série proposée par HBO, visible dès ce lundi à 21 h sur Be tv, rompt considérablement avec l’atmosphère de celle imaginée dans les années 1980. Non seulement Perry Mason n’y est pas encore avocat de la défense, mais il est bien loin de briller face à la police de Los Angeles. L’homme est pratiquement sans statut, sombre détective, noyant ses déboires financiers et sentimentaux dans l’alcool.

Ancrée au cœur de la Grande Dépression aux États-Unis, la version HBO ne nage pas du tout dans les mêmes eaux formelles que ses deux prédécesseurs. Plongeant aux origines de l’histoire de l’homme de loi, elle propose un récit au temps long, découpé en huit épisodes, et pas une suite d’intrigues judiciaires bâties sur un même moule, presque déclinables à l’infini.

Une reconstitution soignée des années 30

La série HBO affiche ses ambitions dès les premières minutes de son récit. Ni intérieur bourgeois, ni costume amidonné pour le Perry Mason de 1932. Détective fauché, il a hérité de la ferme de ses parents où survivent deux malheureuses vaches qu’il peine à nourrir. Condamné aux filatures sordides, Perry se voit un jour confier une enquête d’un tout autre acabit : l’enlèvement et le meurtre d’un bébé. Une histoire qui le révulse autant qu’elle le sidère et face à laquelle il refuse d’accepter les conclusions simplistes et frauduleuses de la police.
Plongé dans les ombres de la Grande Dépression, le spectateur suit la patiente investigation d’un homme en quête de sa propre rédemption dans une Amérique en crise, rongée par le racisme et la corruption.

Mise en scène et photographiée à la manière d’un film noir, la création de Tim Van Patten (Boardwalk Empire ) est portée par un casting impeccable : Matthew Rhys, Juliet Rylance, Tatiana Maslany, John Lithgow, le magnétique Chris Chalk, le vénéneux Shea Whigham.
Matthew Rhys (The Americans ) y donne chair et force à son personnage à la Philip Marlowe hanté par ses propres démons. La série esquisse son passé militaire controversé pour mieux pointer sa propre fragilité face à une justice et à une police promptes à catégoriser les individus en fonction de leurs revenus, de leur niveau d’éducation, de leurs mœurs et de leur couleur de peau.

L’enquête plonge aussi dans les coulisses d’une communauté évangéliste qui tire profit de la crédulité de ses fidèles et entretient des liens étroits avec les notables pas tous recommandables de la cité des Anges.

Réalisée par Tim Van Patten, sur un scénario de Rolin Jones et Ron Fitzgerald, la série ne reprend que très partiellement les personnages imaginés dans les romans d’Erle Stanley Garner. Portée par l’incroyable travail réalisé sur la lumière, les décors et les costumes, le nouveau récit trouve sans peine sa propre voie.

Karin Tshidimba