Son nom est Sono, Queen Sono**. Son histoire est celle d’une jeune femme poursuivie par le souvenir de sa mère, assassinée il y a 25 ans par un loup soi-disant solitaire. Mais Safiya Sono, héroïne de la lutte anti-apartheid, avait certainement plus d’un ennemi jusqu’au sein du gouvernement sud-africain. A l’heure où son meurtrier, Hendrikus Strydorm, pourrait être libéré pour raisons médicales, sa fille, Queen Sono, ne sait pas comment contenir sa rage. Au point d’en être aveuglée en pleine mission d’espionnage?

Élites corrompues, endettement de l’Afrique, tensions raciales, rôle de la Banque mondiale, trafics de minerais, présidents peu recommandables, préjugés vis-à-vis des gays, prostitution: tous les sujets les plus sensibles sont abordés dès l’entame de la première création africaine de Netflix.

Écrite et réalisée par l’auteur et acteur Kagiso Lediga, l’histoire se déroule entre République démocratique du Congo, Zimbabwe, Afrique du Sud et Kenya et embrasse l’histoire mouvementée d’un continent où les menaces se nomment Boko Haram, Al-Chabab et Watu Wema, du nom de cette mystérieuse milice qui entend libérer les Africains de leurs oppresseurs de tous bords: financiers ou prédicateurs.

Espionnage, combats, mystères et une touche de girl power : le profil de Queen Sono s’inscrit dans la mouvance de séries comme Alias ou Killing Eve qui manient à parts égales la force et la séduction. Sauf que la psychologie de l’héroïne est nettement moins retorse que celle du duo féminin campé par Sandra Oh et Jodie Comer. Si Queen Sono est en colère, elle est avant tout en quête de justice et de revanche sociale. Son objectif principal est de retrouver l’assassin de sa mère, activiste réputée, et de contrecarrer les plans des multiples prédateurs du continent africain, qu’ils soient du cru ou étrangers.

Confiée à une star de la scène et du petit écran sud-africain, Kagiso Lediga, la série arbore une intrigue suffisamment ancrée en terre africaine pour séduire la jeunesse urbaine du continent tout en conservant les codes des séries américaines qui lui permettront de voyager à travers le globe. Pour affirmer son ancrage africain, Netflix joue la carte des langues locales – afrikaans, isiXhosa, isiZulu – tout en ouvrant son casting à l’international – russe, anglais et français – en fonction des rebondissements et des protagonistes.

L’intrigue n’évite pas toujours les clichés du genre – bastons, séduction et briefings – ni les décors de carte postale, mais elle a le mérite de montrer les différents visages de l’Afrique : urbaine, rurale, poussiéreuse ou luxuriante, traditionnelle ou moderniste. Entre maisons en pisé et gratte-ciels arrogants, les passes d’armes calibrées, à destination des amateurs de thrillers, révèlent les tensions et défis qui placent l’Afrique au coeur des appétits internationaux. Une brutalité des enjeux enracinée dans la société sud-africaine, mais aussi dans la réalité quotidienne du reste du continent.

L’actrice sud-africaine Pearl Thusi, remarquée dans la série Quantico, y donne la réplique à Vuyo Dabula (Invictus), Sechaba Morojele (Dangerous Ground), Chi Mhende (Homeland), Rob van Vuuren (Blood Drive) ou encore à la chanteuse et compositrice Abigail Kubeka.

La saison 1 s’avère malheureusement beaucoup trop courte (six épisodes seulement) d’autant que l’intrigue gagne en profondeur à partir de l’épisode 3 et laisse donc le téléspectateur sur sa faim. Verdict: on attend la saison 2.

Une création qui s’incrit dans la stratégie de diversification mondiale de Netflix dont nous vous parlions dans un précédent article.

Karin Tshidimba