De nombreux ingrédients font de Killing Eve***  une série à la saveur unique. À commencer par ces deux interprètes, figures féminines à la fois brillantes et discordantes : Sandra Oh (Grey’s Anatomy) et Jodie Comer ( Thirteen ). Deux « forts tempéraments » qui se toisent et s’affrontent au fil d’épisodes aussi musclés que culottés.

Tout le mérite en revient à la « petite voix » inédite, mélange d’audace, d’ironie et de non-sens qui sous-tend ce récit. Cette voix, reconnaissable entre mille, est celle d’une très grande scénariste britannique (pas seulement par la taille) : Phoebe Waller-Bridge, auteure déjà à l’œuvre dans l’irrésistible et très grinçante Fleabag. La série est à suivre le samedi à 20h30 et le jeudi à 21h30 sur Be Séries

Trois voix féminines puissantes

Adaptant le roman Codename Villanelle de Luke Jennings, Phoebe Waller-Bridge s’en empare et le mâtine d’un humour noir percutant et so British avec la complicité de ses deux personnages féminins. « Deux femmes qui vont en apprendre beaucoup l’une sur l’autre à travers cette montée en tension et cette inévitable confrontation », a expliqué l’actrice Sandra Oh, lors de la présentation publique de la série à Cannes, en avril dernier.

En tueuse à gages sans scrupules, juste mue par le goût du risque et l’amour du luxe, Jodie Comer impose une figure féminine transgressive, à la fois discrète et faussement innocente en public, redoutable et puissante, en réalité.

« Villanelle est totalement à l’opposé de tous les stéréotypes habituellement véhiculés au sujet des femmes. C’est un grand plaisir de jouer cette tueuse au sang froid. Elle n’utilise pas sa sexualité pour remporter des victoires, elle a du charisme, elle aime le risque et a une détermination et une personnalité vraiment à part. C’est ce qui m’a séduite immédiatement en elle », explique la comédienne.

Face à elle, Sandra Oh campe Eve Polastri, agente administrative du MI6 qui rêve de faire ses preuves sur le terrain.

« Eve est à un moment-clé où elle fait le point sur son existence et sur ce qu’elle souhaite vraiment. Cela rend le personnage plus profond et plus intéressant que beaucoup d’autres qu’on croise ou qu’on nous donne à lire. Et cela offre un regard intéressant sur cette génération de femmes. Le cinéma ne m’a jamais proposé de rôles de cette densité ou de cette profondeur » , poursuit Sandra Oh, soulignant que « l’une des forces des séries est de proposer un éventail de rôles et de personnages nettement plus inclusifs et diversifiés que le cinéma américain. Aux USA, les séries ont repris en grande partie le rôle et la place du cinéma indépendant ».

Des femmes qui reflètent les défis de 2018

Ces histoires, portées par des femmes déterminées, sont le reflet de ce qu’elles vivent aujourd’hui.

« J’essaie de leur donner une voix qui correspond à celles que j’entends au quotidien et qui sont, en fait, très souvent absentes des écrans. Eve et Villanelle sont souvent l’ombre l’une de l’autre et agissent aussi en miroir en fonction de l’âge et de l’expérience que chacune porte. C’était vraiment rare et c’est ce qui m’a donné envie de faire cette série. Bien que ce soit des personnages féminins totalement atypiques, BBC America n’a pas hésité une seconde et a trouvé que c’était le type de voix qu’elle souhaitait faire entendre sans restrictions. Ce qui était rassurant et très encourageant en tant qu’auteure. Je pense que les gens ont envie d’entendre ce type d’histoires aujourd’hui », souligne avec enthousiasme Phoebe Waller-Bridge.

« Ces deux femmes sont fortes et fragiles à la fois, elles commettent des erreurs et c’est cette liberté et cette exploration qui rendent le travail aussi intéressant pour une actrice », poursuit Jodie Comer.

Des êtres humains pleins d’aspérités

« Le personnage de Villanelle parle toutes sortes de langues et porte des vêtements fantastiques, rares et extravagants, tout cela rend la série unique et fascinante. Sa rencontre avec Eve réveille des capacités chez cet agent du MI6 qui étaient un peu en sommeil. Quant à Eve, elle connaît des moments très hauts et d’autres très bas et cela montre ce que c’est d’être humain et vivant. Dès la première page du scénario, je savais que Phoebe voulait faire une série pleine de profondeurs et d’aspérités, qu’elle ne serait pas lisse », insiste Sandra Oh.

« Heureusement, il y a de plus en plus de femmes devant et derrière la caméra. Ce qui permet de faire émerger d’autres univers, d’autres personnages et d’autres histoires. Et de prendre part au changement en cours », conclut Jodie Comer.

Rencontres: Karin Tshidimba, à Cannes

La bande-annonce était déjà disponible ici