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Il y a 25 ans, la première série consacrée par Steven Spielberg et Tom Hanks à la Seconde Guerre mondiale marquait l’histoire de la télévision et d’HBO, en particulier, proposant une autre façon de raconter le conflit, à hauteur d’hommes. Retour sur un phénomène

Chaque épisode s’ouvre sur un témoignage sobre, émouvant. Des vétérans américains, survivants de la Seconde Guerre mondiale, évoquent face caméra les événements traumatiques qu’ils ont vécus avant de céder la place aux comédiens qui feront revivre, pas à pas, les différentes batailles qu’ils ont menées. Cette rencontre unique entre récit cinématographique et mémoire vivante, entre réalité historique et vécu individuel est la spécificité et la force de la mini-série Band of brothers dont les dix épisodes suivent la trajectoire d’un groupe de parachutistes, simples citoyens à la base. Des hommes que l’on retrouve, 55 ans plus tard, dans leurs costumes d’anciens combattants.
Profondément nourrie par les récits et journaux personnels des hommes du 506e Régiment d’infanterie parachutée de la 101e Division aéroportée, la série célèbre une autre façon de raconter le conflit, à hauteur d’hommes. Une nouvelle façon de filmer, aussi, et de vivre des combats sans véritable gloire et à l’issue le plus souvent incertaine, auprès d’hommes englués dans les champs de bataille. Une troupe avec laquelle l’identification est d’autant plus forte qu’il s’agit de soldats volontaires ayant connu un destin hors du commun.

La série « Band of brothers » suit un groupe de jeunes soldats volontaires sur les différents champs de bataille.

La série s’inscrit dans les pas des membres de la Easy Company, depuis leur formation en 1942, jusqu’à la capitulation et à la libération de l’Allemagne nazie en 1945, en passant par leur parachutage en Normandie le 6 juin 1944, leur campagne aux Pays-Bas en 1944, dans les Ardennes en décembre 44 et puis, leur participation à la libération des camps ainsi qu’à la prise du Nid d’Aigle de Hitler, à Berchtesgaden.

Un budget considérable

Coproduite en 2001 par Steven Spielberg et Tom Hanks, d’après l’œuvre de l’historien Stephen E. Ambrose, Band of Brothers a bénéficié d’unbudget considérable(120 millions de dollars), le plus important enregistré par une série jusqu’alors, record détenu jusqu’en 2010. Des fonds mis au service d’une reconstitution minutieuse et la plus réaliste possible : armes, tenues militaires, véhicules, décors… Aux studios de Hatfield, près de Londres, onze villes et villages européens ont été recréés. Des décors s’étendant sur cinq hectares ont vu évoluer 500 acteurs et plus de dix mille figurants.

C’est la première fois qu’une véritable production hollywoodienne est mise au service d’un récit destiné au petit écran. Ce qui marque les esprits n’est pas la débauche de moyens engagés mais bien l’expérience humaine transmise, retracée au plus près des corps, de façon presque immersive. Ce récit, forcément teinté de patriotisme, parvient à éviter le manichéisme et la pure démonstration pour privilégier l’hommage et la chaleur humaine.

Une réussite due à un casting de haut vol révélateur de talents. Mis à part David Schwimmer, très loin de son rôle dans Friends et Damian Lewis, toujours aussi convaincant, qui prendra ensuite la route de la saga Homeland, la série a pu compter sur quelques noms connus (Tom Hanks), mais elle a aussi révélé de nombreux visages que l’on recroisera par la suite : Neal McDonough, Scott Grimes, Kirk Acevedo, Michael Cudlitz, Donnie Wahlberg, Stephen Graham ou Michael Fassbender,… Des acteurs impliqués et ultra-préparés que l’on peut aussi retrouver dans le documentaire Band of brothers Legacy, réalisé en 2026 par Chase Millsap, à voir sur HBO Max.

À travers ces “héros anonymes”, la série touche une large audience et nous parle, forcément, en tant qu’Européens, d’autant que les épisodes Bastogne et Point de rupture figurent parmi les plus applaudis par le public et la critique. La mini-série a d’ailleurs remporté de nombreux prix aux Golden Globes et Emmy Awards.

Plus rigoureuse encore que le célèbre film Il faut sauver le soldat Ryan (1998) qui fut l’un de ses éléments déclencheurs, Band of Brothers a engendré deux autres mini-séries complémentaires, The Pacific (sur la campagne des Marines dans le Pacifique) et Les Maîtres de l’air (Masters of the air) (sur la campagne de la 8e Air Force, en Europe), toujours produites avec la même intensité et rigueur par le tandem Spielberg-Hanks.

Au même tire que Les Soprano, Six Feet Under ou The Wire et bien avant la déferlante Game of Thrones, Band of brothers a marqué l’histoire des séries et d’HBO, faisant de la plateforme américaine un acteur incontournable sur la scène internationale…

Karin Tshidimba