Imaginée par Benjamin Dessy et Michèle Jacob, la nouvelle série RTBF marie drame familial, drame social et enquête policière. Elle achève son tournage dans le Brabant wallon.
Les longs couloirs du Collège Notre-Dame de Basse-Wavre sont vides et écrasés sous la chaleur de la fin juillet. Installée face à une classe servant de salle d’interrogatoire pour la police, l’équipe de la série belge Arcanes est concentrée sur les écrans vidéo qui permettent de suivre les scènes en cours de tournage. Entre chaque prise, l’équipe HMC (habillage, maquillage, coiffure) vérifie que des retouches ne sont pas nécessaires. Un coup de pinceau par ci, une mèche rebelle par là et ce satané col de chemise qui ne veut décidément pas rester en place.
”Ce collège est un décor important, car la disparition de Stella, qui était la meilleure amie de son fils Benjamin, disparu depuis deux ans, va en quelque sorte réveiller le deuil de sa mère, Clémence, et la pousser à tout mettre en œuvre pour que la jeune fille soit retrouvée”, explique Jasmina Douieb, interprète de la quadragénaire. Découverte sur le petit écran dans le rôle de la psychologue de l’inspecteur Peeters dans La Trêve, la comédienne a mûrement réfléchi sa participation à cette nouvelle série belge où elle campe une ancienne directrice, “mère en deuil et guerrière”.
Clémence Rosier, une mère prête à tout
La série Arcanes raconte l’histoire d’une mère prête à tout pour retrouver son fils dans les méandres d’une ville terrassée par le chômage qu’elle a elle-même causé. Pour déchiffrer les indices que son fils Benjamin lui a laissés, Clémence Rosier (Jasmina Douieb) n’a pas d’autre choix que de faire équipe avec un de ses anciens ouvriers, pourtant suspecté d’être lié à la disparition du jeune garçon.
Inscrite dans une petite ville industrielle belge du début des années 90, cette intrigue en six épisodes a été développée par Michèle Jacob et Benjamin Dessy (Euh). On y suit les relations entremêlées de trois familles frappées à la fois par une lourde faillite, le deuil, divers secrets et la disparition d’une adolescente.
La maison de la famille Rosier (à Hoeilaart), la péniche de l’oncle de Stella (à Ronquières) et l’usine (une Fonderie à Liège, pour figurer les Forges de Clabecq) sont quelques-uns des décors centraux de cette nouvelle série belge. À la fois drame social, drame familial et enquête policière, elle est ancrée dans ce coin du Brabant wallon durement touché par la crise sidérurgique.
Pour la comédienne Jasmina Douieb, qui a remplacé au pied levé Emilie Dequenne d’abord pressentie, ce tournage est l’occasion de retrouvailles avec Lara Hubinont, également présente dans la série La Trêve, et avec le comédien Michelangelo Marchese, comédien qu’elle a mis en scène au théâtre dans Himmelweg (Prix de la critique 2011).
”Je n’avais pas été retenue, car ils cherchaient quelqu’un de connu. Mais lorsqu’Emilie Dequenne est tombée malade, Michèle m’a rappelée pour me dire qu’elle avait beaucoup aimé mon audition. Je lui ai demandé quelques jours de réflexion pour lire tout le scénario et puis, cela impliquait beaucoup de sacrifices familiaux avec un tournage très long, durant les vacances d’été.” Jasmina Douieb assume en effet 40 jours de présence sur les 50 jours de tournage au total.
La lecture du scénario “très bien écrit, avec de très beaux personnages” a effacé toutes ses inquiétudes et réticences. “C’est difficile de refuser un scénario aussi bien ficelé. J’étais déjà très émue à la lecture par la reconstruction de cette femme. Je pense que cela va être très beau… Et puis, c’est très chouette de jouer un personnage de mon âge qui n’est pas dans un rapport de séduction. C’est juste une directrice d’usine qui a perdu son fils, juste un être humain, quoi.”
L’histoire des Forges et de la Belgique
Même si elle a déjà exploré les rivages du deuil dans son formidable seul en scène Post Mortem, Jasmina Douieb a abordé cette thématique avec précaution. “Je ne sais pas si j’aurais été capable de jouer le moment où Clémence apprend la mort de son fils. La série se déroule après l’événement. C’est plus facile de jouer la lutte que le lâcher prise. Elle est déjà occupée à se construire de nouvelles défenses. Mais ce thème infuse forcément. Mes enfants sont parties à un camp louveteaux et je dois dire que je suis plus inquiète et impatiente de les revoir. C’est sûr que c’est un sujet qui marque.”
Le contexte global de la série était un argument supplémentaire. “Je suis allée relire ce qui s’est passé pour les Forges de Clabecq. C’est un grand événement belge. Je trouve cela chouette de le réexplorer aujourd’hui d’autant que c’est aussi lié à l’histoire de la famille de Ben Dessy, l’un des deux scénaristes. Ce qui rend le sujet encore plus riche.”
Entretien: Karin Tshidimba
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