La Britannique Phoebe Waller-Bridge s’est imposée avec la grinçante Fleabag face à la reine Veep, Game of Thrones termine en petite forme… L’édition 2019 a salué quelques femmes à poigne et fait preuve de davantage d’inclusivité

Malgré une saison 8 assez critiquée, Game of Thrones est parvenue à sauver les meubles en égalant son record de 2015 avec 12 Emmys, dont le plus prestigieux : meilleure série. Un statu quo uniquement dû aux dix prix techniques remportés le week-end dernier aux Creative Emmy Awards. Car le prix du meilleur scénario et de la meilleure actrice, malgré un nombre record de nominées issues des 7 Royaumes, lui ont échappé, tout comme le prix du meilleur acteur. Seul Peter Dinklage s’est imposé pour la quatrième fois dans la catégorie meilleur second rôle dans une série dramatique. Un sacre mérité pour le comédien qui a salué «la communauté ouverte et diverse» de GoT.

Son discours a été prolongé par celui tout aussi engagé prononcé par Billy Porter, premier acteur noir américain ouvertement gay à remporter un Emmy Award pour sa prestation dans Pose, série qui rend hommage aux bals homosexuels des années 80 et 90 à New York.

Killing Eve, Mrs Maisel et Fleabag: le règne de femmes à poigne

Nettement plus discrète, la série Succession s’est arrogé le prix du meilleur scénario. Quant à Julia Garner, de la série Ozark sur Netflix elle a devancé toutes ses concurrentes issues de GoT. Jason Bateman, sacré meilleur réalisateur pour Ozark, a également éliminé tous ses rivaux. Enfin, le sacre de Jodie Comer, formidable dans son rôle de tueuse à gage déjantée dans Killing Eve a prouvé que l’académie partageait la déception de nombre de fans de Got concernant son ultime saison. Et le sacre de Phoebe Waller-Bridge, productrice de cette série résolument féministe et joyeusement allumée.

Autre femme de caractère à faire entendre sa voix, The Marvelous Mrs Maisel a ouvert le bal des récompenses avec le prix du meilleur second rôle attribué à Tony Shalhoub et celui du meilleur second rôle féminin dévolu à Alex Borstein, agent à l’aplomb saisissant.

Sans discussion possible, la Britannique Phoebe Waller-Bridge réussit un quadruplé d’anthologie en s’arrogeant le prix de la meilleure série et du meilleur scénario pour la création du personnage de «femme vulgaire et en colère» très autoparodique de Fleabag. Ils ont été suivis par le prix de la meilleure réalisation attribué à Harry Bradbeer. La comédienne et scénariste a également raflé le prix de la meilleure actrice à Julia Louis-Dreyfus alors qu’on pensait que l’Américaine serait sacrée pour la 7e fois afin de saluer l’ultime saison de sa série Veep. Mais difficile de résister au personnage de Fleabag, femme endeuillée et décomplexée qui choisit de dire tout ce qu’elle a sur le coeur…

Bill Hadder s’impose en tant que meilleur acteur avec son rôle de tueur à gage reconverti en comédien dans Barry, parfaite métaphore du petit monde de la comédie à Hollywood.

Chernobyl s’impose parmi les mini-séries

Sans surprise, le prix de la meilleure mini-série, celui de la meilleure réalisation et du meilleur scénario reviennent à Chernobyl qui a donné des sueurs froides à tous ceux qui l’ont suivie.
Jharrel Jerome, inoubliable dans When They see us d’Ava DuVernay, s’impose en tant que meilleur second rôle. Le jeune homme a rendu hommage aux « Exonerated 5″, les cinq ados afro-américains et hispanique condamnés à tort pour le meurtre d’une joggeuse dont la série retrace la lente descente en enfer dans les années 90. Présents tous les cinq dans la salle, ils ont été salués par une standing ovation.

Enfin, Ben Whishaw a été sacré meilleur second rôle pour sa prestation fiévreuse dans A very british scandal aux côtés de Hugh Grant. Un récit qui complète bien ce tableau sériel 2019 riche en personnalités atypiques et en destins brisés.

Karin Tshidimba