Produite par Canal+, la série homonyme, portée par l’acteur Romain Duris, a fait l’ouverture du festival CanneSeries. La réalisatrice Cathy Verney a expliqué son parti pris au cours d’une masterclass très suivie.

Trilogie parue entre 2015 et 2017, vendue à plus de 320 000 exemplaires en France, Vernon Subutex a marqué une génération de lecteurs. L’annonce de son adaptation par Canal a donc provoqué un émoi proportionnel au sein de la communauté des admirateurs de la prose de Virginie Despentes. En choisissant Cathy Verney, grande prêtresse de sa série Hard (comédie sur le milieu de la pornographie), Canal+ semblait vouloir offrir des gages aux plus suspicieux. Et annonçait dans la foulée neuf épisodes de 30 minutes adaptés des deux premiers volumes de la trilogie.

Projeté, hors compétition, en ouverture de la 2e édition du festival CanneSeries, Vernon Subutex a été bien accueilli même si la série n’a pas convaincu tout le monde.

Un homme, une époque

Choisi pour son amour de la musique et sa façon de raconter une époque à travers sa filmographie, dès Le Péril jeune et L’Auberge espagnole, Romain Duris campe un Vernon Subutex (trop?) souriant faisant front dans l’adversité, dans les trois premiers épisodes projetés en public. De quoi adoucir et en partie illuminer un roman au parti pris mordant ? On était en droit de se poser la question en sortant de la salle.

Face à lui, Céline Sallette surprend, une fois encore, dans sa très convaincante interprétation de La Hyène, cyber enquêtrice, payée pour faire ou défaire les réputations, lancée sur la trace des vidéos testament du musicien Alex Bleach. Une véritable bombe à retardement dans un milieu du cinéma qui n’en manque pourtant pas. Et l’on pressent que cette « mise en jambe » devrait être suivie de moments très rock’n’roll.

Comme souvent, ceux qui n’ont pas lu le roman vont sans doute aimer ce portrait générationnel porté par une bande son très rock indé, même si Canal nous avait habitués à plus d’audace et d’aspérités d’entrée de jeu et que Vernon Subutex en promettait, forcément. Les autres vont sans doute grincer des dents devant cette adaptation très libre de la saga littéraire de Virginie Despentes qui n’a pas participé au travail d’adaptation.

Toutes ces réflexions, la réalisatrice Cathy Verney les a abordées frontalement au cours de la masterclass organisée par le festival CanneSeries.

« Il y a chez Virginie Despentes, un rythme du verbe impossible à adapter »

« Adapter, ce n’est pas être fidèle au livre. La prose de Virginie Despentes a un côté très radical, très brut, cela s’exprime beaucoup à travers les pensées de Vernon qui analyse l’époque. Mais ce sont des pensées et c’est compliqué à mettre en mouvement ; or, une série est basée sur l’action. Cela passe donc par quelques dialogues, dans les regards, dans sa façon de se souvenir et de reconnecter avec ses anciens copains, sans les juger. Mais ce que constate Vernon c’est qu’ils ont renoncé et qu’ils ont perdu leurs idéaux. On est donc plus dans l’émotion et la nostalgie que dans la radicalité de la prose de Virginie Despentes. Parce qu’il y a un rythme du verbe impossible à adapter », souligne Cathy Verney.

« Le côté sulfureux est présent dans les autres épisodes. Le fait de faire une série sur un mec qui tombe à la rue, c’est déjà radical. C’était risqué pour nous et pour Canal d’adapter ce roman qui est un phénomène de société. C’est pour cela qu’on a mixé cette histoire avec l’intrigue de La Hyène qui est plus du domaine du polar et tend la main au spectateur avec une trame plus proche de celle, classique, des séries. En faisant cela, on se permet ensuite d’avoir une intrigue plus existentielle qui s’éloigne de plus en plus de la comédie pour se terminer de façon très dure. »

« Le succès du roman nous a permis de faire une série très libre. C’est une dramédie, on a choisi ce format qui permet de décloisonner les genres, on n’est pas dans un rythme effréné. Le 30 minutes, paradoxalement, permet de prendre ce temps de l’errance et de laisser libre court aux réflexions de Vernon et à la musique… Le mieux, c’est de tout regarder pour vous faire votre propre idée » conclut la réalisatrice.

On ne saurait mieux dire. Nous, ça nous a donné envie de voir la suite…
La série, qui entame son parcours ce lundi sur Canal+, est attendue le 2 mai sur Betv.

Karin Tshidimba, à Cannes