le-vol-des-cigognes.jpgSi vous ne l’avez pas suivi mercredi soir, ce samedi à 23h15 sur Be1, on assistera à un nouveau Vol des cigognes** filmé par Jan Kounen. Méfiez-vous de la douceur des images liminaires.
Malgré un voyage annoncé de la Suisse à la Bulgarie en passant par Israël et le Congo, dans le sillage des blancs oiseaux, la beauté des paysages traversés ne parvient pas à masquer la noirceur des propos. Après quelques minutes à peine survient en effet le premier drame.

Fraîchement arrivé à Montreux, Jonathan Anselme (Louis Antioche dans le roman initial) découvre que son mentor, Max Böhm, est mort d’une crise cardiaque et que ses «chères cigognes» ont déjà commencé à le manger.
Ensemble, Max et Jonathan avaient convenu que le jeune homme suivrait leur migration jusqu’en Afrique afin de découvrir pourquoi nombre d’entre elles ont disparu la saison dernière. Déphasé et perplexe, Jonathan (Harry Treadaway) décide de remplir malgré tout sa mission.

Roman à énigmes, «Le vol des cigognes» (1994), premier ouvrage de Jean-Christophe Grangé ne s’est pas facilement laissé apprivoiser. Il a fallu plus de 10 ans au réalisateur Jan Kounen (Coco Chanel, Blueberry) pour parvenir à le porter à l’écran. Une première incursion télévisuelle qui se fait d’emblée remarquer par un style visuel très personnel. Sans grande surprise, à la production, anglophone et internationale, de cette mini-série en deux parties, on trouve Europacorp, la société de Luc Besson.

Pourtant, malgré les moyens et le temps investis, on a parfois l’impression de sauter d’un lieu à un autre, un peu à la façon d’un clip. Manoeuvre délibérée pour renforcer le caractère hypnotique de l’oeuvre ? Pas facile, en effet, de résumer des centaines de pages même en 3h10.
“Au début, on est dans le thriller pur et dur, puis on bascule dans un espace moins référencé, presque expérimental, où la réalité se disloque en même temps que le personnage ; une manière de transcrire la folie du roman”, a expliqué le réalisateur.

La vie de Jonathan est en effet hantée par un drame, celui de la disparition de ses parents lorsqu’il n’avait encore que six ans. Des années dont il a tout oublié. «Les six premières années de ma vie n’existent pas, je ne me souviens de rien: leurs voix, leurs visages, j’ai tout oublié » explique-t-il à Sarah. Pour s’en souvenir, il a tout essayé, jusqu’ici en vain.
Sa mission exploratoire et migratoire se double donc d’une quête nettement plus introspective et personnelle. Au cours de son périple parmi les Tsiganes de Bulgarie, les colons d’Israël et jusqu’aux confins du Congo, Jonathan va ainsi être confronté aux images terrifiantes de son passé.

Certains, parmi les fans français de l’auteur, ont crié au massacre – «Le vol des cigognes» a été diffusé en janvier sur Canal+ -, à la dénaturation totale du roman. Et même parmi ceux qui n’ont jamais lu le bouquin, la perplexité est souvent de mise. Jeu d’acteurs inégal, histoire hybride qui semble jouer un peu trop souvent sur les clichés… Même si Grangé est annoncé comme ayant collaboré au scénario avec l’Américain Denis McGrath (la série XIII), on ne comprend pas très bien pourquoi l’oeuvre initiale a été, à ce point, malmenée.

Le film oscille entre touches oniriques et psychédéliques et pourrait hypnotiser ceux qu’il ne fera pas fuir. A propos complexe, téléfilm en partie obscur, serait-on tenté d’écrire, un sujet résolument original en tout cas qui réussit à imposer sa qualité de thriller initiatique. Un genre en soi.
KT

nouvelle diffusion: mardi à 22h15 sur Be Ciné