Grandi à l’ombre du cartel de Medellin, son fils, Juan Pablo Escobar, coproducteur de la série, raconte un quotidien entre peurs, mensonges, violences et trahisons. À voir sur Disney+.
On pensait tout connaître de la vie de Pablo Escobar, tout-puissant baron autoproclamé de la drogue et grand narcotrafiquant devant l’Éternel. Malgré les nombreux films et séries (dont l’impressionnante Narcos) traitant du destin du célèbre mafieux colombien, une partie de la réalité échappait encore à nos regards : celle de sa vie de famille. Elle est au cœur de la série Dear Killer Nannies**, coproduite et racontée pour Disney par le fils de Pablo Escobar lui-même, bien décidé à rompre avec ces années de violence et de fuite en avant incessante.
La réalité y est vue à travers les yeux de Juan Pablo Escobar, surnommé Juampi, constamment entouré de gardes du corps armés jusqu’aux dents, chargés d’assurer la sécurité du fils du patron. Par la force des choses, ceux-ci lui tiennent lieu de nounous dans ses déplacements comme dans ses jeux quotidiens. Une “drôle d’enfance” source de traumatismes et d’isolement, Juampi se montrant incapable de suivre un parcours scolaire ordinaire et d’entrer en contact avec des enfants de son âge. Tandis que tout autour de lui se multiplient fusillades, beuveries et trafics en tous genres.

Le jeune Miguel Tamayo est criant de vérité dans ce rôle à la fois touchant et glaçant. On ne peut s’empêcher de frémir pour celui qui, à sept ans à peine, doit faire face à nombre de situations violentes ou totalement malaisantes, sans oublier les mensonges et les trahisons en rafale auxquels il est confronté. De quoi mettre en péril sa perception du monde et sa construction en tant que frère, fils, ami ou même, plus tard, futur adulte.
Malgré ses maladresses et la narration trop surlignée de Sebastian Ortegua (El Marginal), la série met en lumière une donnée souvent escamotée ou invisibilisée : la vie de famille que celui qui se lança ensuite en politique tentait de maintenir à tout prix, malgré les menaces et ses absences à répétition. C’est cet aspect-là du destin d’Escobar, proche du récit livré par Tony Soprano sur son quotidien de père et de mafieux, que Dear Killer Nannies aborde sans totalement convaincre.
Si la voix off, quasiment omniprésente, permet de recadrer ou de mettre à distance certains événements, en évoquant la prise de conscience qu’ils entraînent chez le jeune Juampi, les sauts temporels incessants jalonnant ce récit pris en étau entre 1984 et 1993, empêchent en partie l’introspection qui faisait la force de la série Les Soprano. Pourtant, cette histoire que celui qui se fait désormais appeler Sebastian Marroquin était forcément le plus à même de raconter, souligne bien à quel point les stigmates de cette époque sont omniprésents dans sa propre vie et dans la société colombienne.
Karin Tshidimba
La série colombienne a été présentée en compétion internationale dans le cadre du Festival Series Mania.
Dear Killer Nannies** Une enfance sous haute surveilllance Création Sebastian Ortegua et Sebastian Marroquin Réalisation Pablo Fendrik Avec Janer Villarreal, Miguel Tamayo, Juanita Molina, John Leguizamo, Rafael Zea,… Sur Disney+ 8 x 40 minutes
Commentaires récents