Alice Dufour, Roxane Turmel et Mikaël Mittelstadt évoquent leur tournage galvanisant dans la nouvelle série événement de TF1, “Montmartre”, présentée en avant-première au Festival de la Fiction de La Rochelle.
Danseuse de cabaret, Céleste (Alice Dufour) n’a qu’une idée en tête : retrouver son frère et sa sœur disparus depuis la nuit fatale qui a aussi vu son père se faire assassiner. Presque tout son salaire passe dans les recherches menées par un détective privé. Lorsque l’enquête s’accélère, Céleste n’a d’autre solution que d’accepter la proposition du patron du cabaret L’Éléphant rose : se dévoiler davantage sur scène et devenir ainsi la première effeuilleuse de Paris, au risque de faire scandale.
Pour raviver l’ambiance de Paris en 1899, TF1 s’est associée avec Authentic Prod et le réalisateur québécois Louis Choquette qui avait mené avec maestria l’aventure Philharmonia sur France 2. Au scénario, un duo bien décidé à marier quête familiale et saga romanesque, en multipliant les points de vue et les destinées, au fil de huit épisodes enlevés, inscrits dans le sillage de trois jeunes comédiens : Alice Dufour, Victor Meutelet et Claire Romain.
Les scénaristes, Brigitte Bémol et Julien Simonet, parlent de “néoromanesque” pour qualifier leur projet visant à marier harmonieusement “véracité historique et modernité”, à savoir : créer une fiction en costume qui ne soit ni datée ni “poussiéreuse” (sic).
“Tourner dans une série qui se déroule à la Belle Époque, c’est génial, s’enthousiasme Roxane Turmel. Mon personnage, Madeleine, est une très belle partition. C’est un personnage haut en couleur, une gouailleuse. En même temps, c’est la meilleure amie de Céleste ; elle lui est très fidèle, très dévouée. C’est sa sœur de cœur. Madeleine est là pour elle et puis, elle apporte de la joie, c’est quelqu’un de très spontané, un peu maladroite, un peu magique. Un rôle de composition qui ne me ressemble absolument pas. C’était génial de pouvoir grossir mes traits”, plaisante la comédienne.

“C’était un tournage vraiment joyeux. Toute l’équipe était dans le même état d’esprit : c’étaient des très grosses journées et, en même temps, on travaillait tout le temps dans la joie. On savait qu’on faisait un projet très ambitieux et on était tous fiers.” Une ambiance due à la bienveillance du metteur en scène, Louis Choquette, unanimement salué par les acteurs. “Louis passait tous les matins au maquillage et venait nous dire : bon matin à tous ! La première fois, c’est très étonnant…” reconnaît-elle.
La furieuse envie d’apprendre à danser le cancan
“Et ce qu’on peut dire, quand même, c’est qu’elle est devenue danseuse de cancan ! Elle est partie de zéro, et elle est complètement crédible, c’est très impressionnant”, intervient Alice Dufour. Ancienne championne de gymnastique rythmique sportive (GRS) et ancienne danseuse du Crazy Horse, la comédienne (Hard, Pigalle) sait de quoi elle parle…
“Je n’avais jamais pris de cours de danse de ma vie”, reconnaît sa partenaire Roxane Turmel. “Je suis témoin. Et quand on a travaillé ensemble, on peut dire que tu es vraiment devenue souple…” souligne Alice Dufour.
“Sur le moment, je l’étais, mais c’est ingrat parce qu’on perd très facilement la souplesse. Alice, elle, pouvait mettre sa jambe derrière la tête…” explique-t-elle en mimant le geste. “Quand je nous vois tourner, la jambe dans la main, en se tenant par la taille. Ça a l’air complètement facile. Mais je vous assure que c’est un grand challenge, c’est très dur. Tout cela, c’est grâce à la production qui m’a laissé l’opportunité de le faire, parce qu’ils auraient très bien pu prendre une doublure. Mais, j’ai insisté, j’avais trop envie d’apprendre le cancan !”
Le plaisir du costume d’époque
Taille de guêpe et jupons volumineux ajoutent bien sûr à la difficulté des mouvements. Pourtant, ils ont un avantage indéniable aux yeux d’Alice Dufour, alias Céleste.
“Ce n’est pas que j’adorais porter le corset, mais c’est vrai que ça apporte une tenue. Tout d’un coup, je suis une pyramide. J’ai quand même la taille très serrée, des talonnettes et je cours partout sur les pavés. Ça amène quelque chose en effet, avec les décors. Il y avait deux heures de préparation chaque matin, incompressibles. Voire plus, parfois. Il fallait rajouter ça aux heures de tournage. Évidemment, les décors sublimes, les costumes, les coiffures, c’est plaisant. Et puis, on touche à un plaisir presque enfantin du déguisement. Et, pour nous les femmes, au plaisir de la jolie robe. C’est jubilatoire de toucher à ça…”
“C’est vraiment galvanisant”, renchérit Mikaël Mittelstadt, qui campe Charles dans la série. “En même temps, ce qui rend humble. C’est marrant que l’expression anglaise ‘humbling’ n’existe pas en français, cela veut dire beaucoup de choses…, ironise-t-il. Ce qui rend humble, c’est de faire partie de cette troupe et de porter cette histoire ensemble. Un peu comme dans la série Lost où il y a tellement de destinées, tellement de personnages. Au final, on n’est que des vecteurs qui vont pousser le spectateur à aller chercher à l’intérieur de lui, pour se dire : si lui a la force de faire ce pas de côté, comme la plupart des personnages le font dans cette série, au final, c’est une émancipation. Je crois fermement au pouvoir de la fiction, surtout à travers l’époque, ironiquement. C’est par l’époque et le faux qu’on peut parler de l’actuel et du vrai. Donc si on arrive à toucher quelqu’un qui n’est pas heureux dans sa condition, physique, émotionnelle ou sociale, il peut se dire : tiens, si eux l’ont fait il y a 100 ans, même si c’est fictif, je peux le faire aujourd’hui. La fiction a le pouvoir de provoquer cela. Dès la lecture j’y ai cru fermement”, souligne le comédien.
Entretiens: Karin Tshidimba, à La Rochelle
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