Coproduite par la RTBF, la série, imaginée par Anne Coesens, Savina Dellicour et Vania Leturcq, a terminé son tournage début avril. Pandore se penche sur les dérives des partis populistes et sur les menaces qui pèsent sur les droits des femmes. En Belgique aussi.

« Jai été contacté par Savina Dellicour et Vania Leturcq, deux réalisatrices avec lesquelles j’avais failli travailler sur un précédent projet de série et leur coscénariste, la comédienne Anne Coesens. Elles m’ont demandé si j’étais prêt à produire une série féministe dont le personnage principal est une femme ménopausée, j’ai ri » se souvient le producteur Ives Swennen, qui ne s’est pas laissé démonter. « Le surlendemain, l’aventure était lancée » avec enthousiasme. Heureusement car il en a fallu une sacrée dose pour franchir tous les obstacles de sa mise en production.

Une droite populiste et patriarcale

Voilà bien longtemps qu’on attendait que la Belgique investisse l’arène politique. Des séries comme Borgen, Les Sauvages ou Baron Noir (Canal+) ont largement démontré le pouvoir d’attraction considérable du petit monde des cabinets ministériels et des soirées électorales…
Avec Pandore, les créatrices Anne Coesens, Savina Dellicour et Vania Leturcq vont plus loin et s’emparent des questions qui fâchent : droits des femmes, agressions et violences, populisme, droite qui dérape, système judiciaire inique…

Tournage de la série Pandore à Bruxelles: l’acteur Yoann Blanc et Savina Dellicour, scénariste et coréalisatrice.

Avec dans le rôle de l’homme politique qui brigue la tête d’un parti inquiétant, le comédien Yoann Blanc.
« Mark est un homme politique de droite. Il n’est pas très connu du grand public parce qu’il a toujours travaillé dans l’ombre. Il va profiter d’un fait divers sordide pour réaliser un coup médiatique et se mettre en avant. Avec son parti, le PLF (Parti libéral francophone), il affirme une droite identitaire francophone. Il est en concurrence avec d’autres courants dans la même famille politique et essaie de se positionner par rapport aux autres. Il alterne convictions sincères et opportunisme. Il y a chez cet homme politique une utilisation de certaines causes et de la justice pour faire avancer ses propres idées. C’est un populiste, donc il surfe sur une pensée assez simpliste. Il porte en lui beaucoup de choses haïssables mais ses lâchetés sont intéressantes à jouer. C’est un vrai défi de le rendre le plus intéressant possible. Et puis, il y a ce truc assez fou de se retrouver avec Anne (Coesens, NdlR) après La Trêve saison 1, dans une tout autre configuration et de tenter de réinventer cela. On se connaît bien tous les deux, donc c’est agréable. Surtout lorsque le tournage se déroule sous protocole Covid, ça aide. C’est la même chose avec Edwige, ma femme campée par Myriem Akheddiou » (vue dans la série Invisible, NdlR).

Quels sont les droits aujourd’hui menacés ?

« Tout est parti d’une réflexion sur les droits des femmes aujourd’hui. On n’est pas dans un pays intégriste mais on s’est demandé : qu’est-ce qui coince encore aujourd’hui en Europe ? Le plus pervers, c’est cette droite bien-pensante qui, sous couvert d’idées généreuses, cherche encore à raboter les droits des femmes durement acquis« , souligne la comédienne Anne Coesens, également coscénariste de la série.

Dans Pandore, la comédienne endosse le rôle de Claire, « une juge d’instruction qui vit beaucoup pour son boulot et qui instruit une affaire de corruption depuis des années. Elle va découvrir au cours d’un complément d’enquête que son père est mêlé à cette corruption. Or son père est tête de liste du Parti libéral francophone. En s’attaquant à son père, elle risque de laisser une place vacante à Mark Van Dyck. C’est ce qui relie ces deux personnages. En croyant faire le bien, elle laisse une porte ouverte pour un homme qui a une très grande part d’ombre. » Claire ouvre la fameuse boîte de Pandore.

Tournage de la série « Pandore » (RTBF) à Bruxelles: Anne Coesens, comédienne et scénariste.

Pour imaginer ce personnage, le trio est parti du roman L’Intérêt de l’enfant, d’Ian McEwan.
« Il y avait ce côté obsessionnel et jusqu’au-boutiste de ce personnage de juge qui essaie de trouver ce qui est le plus juste et qui investit à ce point son boulot qu’elle est capable de faire des erreurs. C’est ce que nous avons gardé du roman et des personnages. Mais le reste de l’histoire est totalement différent »
, précise Anne Coesens.

« Et puis, on n’était fondamentalement pas d’accord avec ceux qui disent constamment qu’aujourd’hui dans les pays occidentaux, tout va bien et que les femmes ont les mêmes droits et les mêmes opportunités que les hommes. On s’est dit qu’on allait montrer les endroits où les choses diffèrent vraiment, comme dans le traitement judiciaire des violences sexuelles, par exemple. Ce qui nous fait très peur, c’est la montée de la droite conservatrice qui, sous couvert de valeurs familiales, est en train de ramener la femme à son rôle au cœur du foyer. Et le fait qu’en Europe et en divers endroits du monde, on voit que le droit à l’avortement est menacé et qu’il faut lutter comme en Espagne et en Pologne, par exemple » soulignent les réalisatrices Savina Dellicour et Vania Leturcq. Autant de thématiques qui leur ont donné l’envie de se battre pour faire advenir cette série coûte que coûte…

Entretiens: Karin Tshidimba
Photos: JC Guillaume