Sur la trame relativement classique de ce thriller familial, Meghan Gallagher pointe les biais et a priori de nos sociétés où fleurit l’inégalité entre les hommes et les femmes. A voir en intégralité sur Auvio.
Marissa (Sarah Snook) était censée venir récupérer son fils Milo chez son copain de classe Jacob, mais l’adresse qu’on lui a donnée est visiblement erronée et son fils n’est pas là. Lorsqu’elle trouve enfin le bon numéro pour appeler la mère de Jacob, celle-ci n’a ni vu, ni emmené Milo. La panique s’empare graduellement de Marissa. De retour chez elle, dans la riche banlieue de Chicago, elle découvre que sa vaste maison est manifestement vide.
Milo, 5 ans, vient de commencer l’école et sa nounou est absente pour le week-end. L’invitation à venir jouer chez un copain de classe tombait donc à pic pour Marissa, retenue au travail. Mais comme le lui fait remarquer l’inspecteur Alcaras (Michael Pena), elle n’a pas vérifié si l’expéditeur des messages était bien Jenny, la maman de Jacob, et n’a pas discuté de cette invitation autrement que par messages.
Qui a enlevé Milo Irvine ? Et pourquoi cette personne s’est-elle fait passer pour Jenny Kaminski, avec laquelle Marissa a sympathisé pendant la fête de l’école ? En l’absence de réponses satisfaisantes, la jeune maman (Dakota Fanning vue dans Ripley) se retrouve, elle aussi, dans l’œil du cyclone.

Rapidement, les sous-entendus et la suspicion rattrapent les deux mères aux carrières bien remplies qui font appel au service d’une nounou.
Si le thème de la disparition d’un enfant, souvent exploité dans les séries, n’est pas d’une extrême originalité, ce qui l’est bien davantage, c’est la façon de traiter cette affaire et de tenter de résoudre l’énigme de l’enlèvement de Milo.
La série pointe les réflexes des policiers et des proches de la famille face à ce type d’événement. Le constat dressé est sans appel avec cette tendance largement répandue à culpabiliser les mères de leur supposé manque de vigilance ou de prévoyance. Tandis qu’aucune question de ce type n’est jamais posée aux pères.
Quelle que soit la situation envisagée, les mères qui travaillent seront considérées, par l’opinion publique, comme « pas suffisamment attentives », « pas suffisamment présentes » ou « pas suffisamment impliquées » et, en tout cas, trop souvent tiraillées entre leur travail et leurs enfants. La série pointe ainsi incidemment la charge mentale reposant sur les femmes et l’inégale répartition des tâches et responsabilités entre parents. Montrant de quelle façon la société attend toujours de la même moitié de ses membres qu’elle se sacrifie pour le bien de tous les autres.

Le récit des premières années de vie de Milo permet ainsi de constater comment le fossé d’implication s’est creusé entre Marissa et son mari Peter (Jake Lacy vu dans The White Lotus). Ou, entre Jenny et son mari : sous-entendus, reproches, échappatoires, autant de biais qui font que la balance penche toujours du même côté.
Observer les écueils de la parentalité
Riche en rebondissements plus ou moins inattendus, la série conçue par Megan Gallagher aborde via un thriller efficace le fonctionnement de nos sociétés où les femmes et les hommes peinent encore et toujours à collaborer sur pied d’égalité.
À travers le parcours du perspicace et très humain inspecteur Alcaras (Michael Pena), un autre pan de la parentalité est exploré qui implique que soient définies les limites de ce que l’on est prêt à faire pour sauver ou aider son enfant, surtout lorsqu’il a des besoins spécifiques. Une question et une angoisse partagées par tous les parents.
All her fault permet de retrouver l’Australienne Sarah Snook, devenue célèbre grâce à la saga Succession qui lui a valu de multiples récompenses, dont un Emmy Award et deux Golden Globes pour son rôle de Siobhan Roy.
Minkie Spiro et Kate Dennis se partagent la réalisation de cette adaptation enlevée du roman de l’Irlandaise Andrea Mara, déclinée en huit épisodes de 50 minutes.
Karin Tshidimba
All Her Fault*** Femme, enfant et responsabilité Création Megan Gallagher, d’après le roman d’Andrea Mara Réalisation Minkie Spiro et Kate Dennis Avec Sarah Snook, Jake Lacy, Michael Pena, Dakota Fanning… Sur Auvio 8 x 50 minutes.
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