Alix Poisson impressionne dans cette mini-série librement inspirée de l’affaire des Disparus de Mourmelon, à voir sur La Une RTBF.
Février 1981, tout le monde attend l’arrivée de Gilles pour le repas familial. Il doit rentrer de permission ce vendredi soir. À table, on discute des élections où se présentent Coluche et Mitterrand. Toujours sans nouvelles de son fils, Jocelyne Veyrades (Alix Poisson) se rend à la caserne le lundi matin. Gilles y est considéré comme “manquant à l’appel » depuis ce 16 février.
Rapidement, cette mère résolue et combative découvre que d’autres jeunes gens ont disparu à la sortie de la caserne de Solène. Pugnace, elle dénonce le silence de l’armée et le fait que personne ne se préoccupe vraiment de la disparition de ces jeunes gens issus de familles modestes, des “petites gens”. Son fils étant majeur, la gendarmerie refuse aussi d’enquêter.
Une série ancrée dans une triste réalité
Ces disparitions de jeunes militaires aux abords de leurs casernes ont propagé une inquiétude diffuse dans la société française de 1980 à 1990. La série pointe l’impuissance des familles face aux institutions. Jocelyne Veyrades interpelle, téléphone, écrit à tout le monde, mais rien n’y fait. L’armée, malgré les dénégations des familles, continue obstinément à considérer leurs fils comme « déserteurs ».

Alix Poisson apparaît à la fois si fragile et vibrante en mère courage, décidée à remuer ciel et terre pour retrouver son fils. À travers elle, les scénaristes imaginent un personnage féminin qui condense le vécu, la douleur et l’acharnement de familles modestes en quête de vérité, d’une réponse, bonne ou mauvaise. Des familles qui refusent d’être ignorées ou réduites au silence. Femme irréductible et tenace, Jocelyne refuse l’indifférence qu’on lui oppose.
Du déni et des tabous
Cette affaire est aussi l’histoire d’un déni et de tabous. Celui de l’homosexualité de l’agresseur et de certains des jeunes disparus sans doute. Ces disparitions ont fini par être relayées en télévision.
Conçue sur le modèle de Perdu de vue, animée par Jacques Pradel et Jean-Marie Perthuis sur TF1 (de septembre 1990 à avril 1997), l’émission d’appel à témoins, animée par Mehdi Nebbou dans la fiction, renvoie une image de la France d’en bas. Une nation qui se sent ignorée par la classe politique et la justice et qui tentera parfois en vain de retrouver des proches grâce à la télévision.
Critiquée pour son voyeurisme et sa tendance à tirer profit des drames familiaux et humains, l’émission originelle a été déprogrammée par TF1 en 1997, la chaîne ayant invoqué la baisse d’audience et l’usure du programme. À la même époque, Jacques Pradel présentait aussi l’émission Témoin n°1.

Vingt ans plus tard, les progrès de la police scientifique relancent l’enquête. Si celle-ci nous entraîne à travers ses errances et ses erreurs, c’est la personnalité des victimes, Jocelyne en tête, qui nous guide. La déflagration provoquée par la disparition de Gilles est au centre du récit. Ce thriller psychologique livre deux portraits de femmes particulièrement charpentés : celui de Jocelyne, mère de l’un des disparus, et de Dominique, la sœur du principal suspect.
La réalisation signée par Safy Nebbou (L’Autre Dumas) est sobre, empreinte de délicatesse et d’une grande humanité. La mini-série reconstitue avec soin une affaire qui a marqué son époque pour un résultat qui n’est ni sordide ni larmoyant.
Alix Poisson, comme toujours, se révèle impressionnante en mère qui ne lâche rien et réclame la vérité. Les Disparus des Argonnes, fiction coproduite par France TV d’après le roman de Julie Peyr (2022), a été sacrée meilleure série dramatique lors du Festival de Fiction de La Rochelle à la rentrée.
Karin Tshidimba
Les Disparus des Argonnes**** Scénario Julie Peyr et Safy Nebbou d’après le roman de Julie Peyr Réalisation Safy Nebbou Avec Félix Moati, Mehdi Nebbou, Anne Charrier A voir sur La Une RTBF le 20/10 et dès le 30/10 sur France.tv (4 x 52 minutes).
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