Cette évocation caustique et pleine de panache des coulisses du 7e Art a fait mouche de 2015 à 2020. Touchante et drôle, elle a su trouver un ton unique. L’expérience se prolonge aujourd’hui à travers un film sur Netflix.
Une star prête à tout pour obtenir un rôle, quitte à mentir sur ses capacités réelles (Cécile de France, irrésistible dans le premier épisode de la série). Celle complètement hors sol, qui ne vit que pour son art et son étrangeté assumée (Isabelle Adjani). L’acteur totalement imprégné par son rôle, qui peine à revenir à la réalité (Jean Dujardin). La star en plein Fomo (Fear of missing out) incapable de s’arrêter ou de dire non à un projet (Isabelle Huppert), celle lassée d’être cantonnée au rang de sex-symbol et rêvant d’une relation complice loin des caméras (Monica Bellucci). La difficulté de vivre sa relation mère-fille face à certains médias toujours à l’affût d’une potentielle bisbrouille (Natalie Baye et Laura Smet), l’actrice incapable de refuser un projet foireux surtout si la proposition vient d’un proche (Charlotte Gainsbourg). Celle devenue maman, débordée, fatiguée, qui craint de ne plus séduire et de ne plus jamais jouer (Audrey Fleurot)…
Ce qui fait mouche, à chaque épisode de Dix Pour Cent, c’est la proximité avec le réel et l’interprétation extrêmement généreuse, voire déjantée et même potentiellement exagérée d’un travers connu : de nombreux interprètes prennent un réel plaisir à tordre leur image. L’autodérision assumée à 100 % séduit. Comme celle de Vincent Macaigne, maladroit et en plein doute existentiel, dans le film proposé par Netflix pour prolonger l’esprit de la série.
Glamour et fêlures
Il y a beaucoup de justesse dans l’observation d’un milieu où l’apparence et la réputation restent essentielles et où l’ego souffre beaucoup. Imaginée par l’ex-agent Dominique Besnehard, la série Dix Pour Cent a su bousculer le glamour du cinéma pour en dévoiler les coulisses cocasses et moins reluisants. Les fêlures humaines assurent l’attachement aux personnages dotés d’une belle épaisseur et l’authenticité des anecdotes révèle la fragilité des personnes impliquées.
Pariant sur l’autodérision et le second degré, l’équipe de Dix pour Cent a essuyé beaucoup de refus au départ avant que la série ne s’impose par la qualité de son écriture (dirigée par Fanny Herrero) et que certaines stars se battent pour prendre part à l’aventure. Même si d’autres ont continué à refuser d’en être… L’alchimie naît de l’adéquation entre une situation qui dérape et fait (sou)rire et la réputation d’une personnalité aimée du public.
Si les intrigues (un dérapage fortuit ? une difficulté chronique ?) semblaient universelles, s’appliquant à diverses figures connues, les scénarios étaient ensuite adaptés à la star choisie, afin de parfaire la démonstration. Il en va ainsi du rêve américain, ou de carrière internationale, caressé par de nombreux acteurs français, qui sera mis en scène en s’adaptant au vécu d’un interprète particulier.
Née sur France 2 en 2015, avant d’être adoptée par Netflix, la série a aussi révélé de nombreux talents grâce à ses personnages d’agents artistiques, se débattant au quotidien afin de gérer au mieux l’ego et la carrière des stars. Camille Cottin, Laure Calamy et Nicolas Maury ont ainsi inscrit leur nom sur grand écran et tutoient désormais ceux qu’ils admiraient, hier, dans l’ombre.
Karin Tshidimba
Commentaires récents