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Accompagné des actrices Anne Dowd, Chase Infiniti et Lucy Halliday, le créateur de la série, Bruce Miller, détaille sa façon d’étendre l’univers du roman initial dans cette nouvelle création à voir sur Disney+.

“Avec The Handmaid’s Tale, nous avons découvert la douleur et la souffrance à Gilead”, analyse le créateur de la série, Bruce Miller. Le livre et la série exposent la façon dont l’oppression s’est imposée sur les femmes dans cette République autocratique implantée dans une partie des États-Unis. The Testaments, roman publié en 2019, poursuit l’exploration de l’univers dystopique imaginé par Margaret Atwood, en s’intéressant au cœur du réacteur : le lieu où est formée la future élite de la société, à travers l’éducation des filles des Commandeurs, destinées à devenir les épouses des futurs Commandeurs et perpétuer ainsi, au cœur de leurs foyers respectifs, les traditions et les règles strictes de Gilead.

À travers la rencontre entre Agnès (Chase Infiniti) et Daisy (Lucy Halliday), la série, présentée en ouverture du Festival Séries Mania, observe l’éveil et le désir de rébellion chez deux jeunes filles.

Daisy (Lucy Halliday) et Agnès (Chase Infiniti), élèves de l’école de Tante Lydia dans « The Testaments », suite de « The Handmaid’s tale ».

“C’est un réel honneur et un privilège de pouvoir donner vie à l’univers de Margaret Atwood. Je ressens beaucoup de gratitude et de joie d’avoir été choisie pour ce rôle. Je ne leur ai donné aucun conseil, car ce sont deux actrices intelligentes et je savais qu’elles trouveraient leur propre chemin dans cet univers et dans la série”, explique Anne Dowd. Un univers “pas si difficile à appréhender” pour l’actrice qui a grandi dans une famille catholique, avec des valeurs strictes, “pas horriblement sévères ou quoi que ce soit, et j’ai aussi été éduquée par des sœurs catholiques, encore une fois, pas méchamment, mais tu apprends très tôt que tu n’es pas spéciale et, si tu as un travail à faire, fais-le. Ne cherche pas l’attention, ne pars pas tant que ce n’est pas terminé, dépasse-toi. Elles étaient très fermes, il n’y avait pas de miroir, on avançait tout droit”, confie la comédienne qui campe la redoutable Tante Lydia.

“À la fin de The Handmaid’s Tale, June Osborn (campée par Elisabeth Moss, NdlR) met mon personnage à genoux, littéralement. Tante Lydia éprouve de profond remords. Vous pouvez ignorer cette épreuve ou faire le choix de changer la façon dont vous voyez le monde, reconnaître ce que vous avez fait, vivre avec cette douleur et cette misère, décider d’avancer et commencer une nouvelle vie. Je pense que Tante Lydia apporte dans Gilead les parties de The Handmaid’s Tale dans lesquelles elle croit encore. Son amour pour les filles des Commandeurs, les Perles qui arrivent de leur propre volonté. Pour elle, c’est un tout nouveau monde, plus léger, avec moins de douleur et de souffrance, pour être honnête. Je pense qu’elle est très heureuse lorsque la série commence.”

« The Testaments », imaginé par Margaret Atwood, observe l’école qui forme l’élite féminine de la société de Gilead.

Après avoir observé l’oppression des servantes écarlates qui sont au plus bas de l’échelle sociale à Gilead, Margaret Atwood, avec son roman The Testaments, porte son regard sur l’élite de cette société qui affiche sa grande piété mais aussi sa cruauté vis-à-vis de ceux qu’elle considère comme des pêcheurs et des parias… Un propos qui semble résonner plus que jamais avec la situation inquiétante des femmes et des immigrés aux États-Unis aujourd’hui.

“Ce qui est passionnant avec Margaret Atwood, c’est qu’elle met le doigt sur les points de friction qui existent depuis toujours, poursuit Bruce Miller. J’ai lu The Handmaid’s Tale quand j’étais à l’université, il y a très longtemps. Déjà, à l’époque, le livre était très pertinent. Ensuite, j’ai imaginé la série 25 ou 30 ans plus tard et il semblait encore exactement écrit pour cette époque. C’est la même chose avec The Testaments. Le livre reflète le point de vue de Margaret sur la condition des femmes et ce qu’elles combattent éternellement. Le fait qu’elle écrive The Testamentset dise qu’il y a de l’espoir à Gilead est sa façon de dire qu’il y a de l’espoir en général dans le monde pour les femmes qui vont de l’avant. Je ne pense pas que nous créons un récit spécifiquement lié à aujourd’hui. Comme le dit Margaret, vous pouvez regarder n’importe quel moment de l’Histoire et trouver des choses horribles faites aux femmes.”

L’équipe « The Testaments » au Festival Series Mania: le producteur et scénariste Bruce Miller, l’actrice Ann Dowd, l’actrice Lucy Halliday, l’actrice Chase Infiniti et le producteur Warren Littlefield lors de la présentation de la série à Lille, le 20 mars 2026.

Un univers aux contours sectaires

“Nous avons beaucoup discuté avec Margaret. Cette série est le fruit d’un long processus, précise Bruce Miller. Nous avons aussi eu beaucoup de chance que Mike Barker, qui avait réalisé The Handmaid’s Tale nous rejoigne comme réalisateur. La principale question était de savoir ce que nous voulions faire différemment, ou pas, de la série The Handmaid’s Tale. Or, personne ne connaît mieux cet univers que Barker. Il savait aussi ce qu’il aimerait faire avec une distribution plus jeune dans un nouvel endroit, une nouvelle ère.”

Pour mieux entrer dans leurs personnages, les deux actrices ont convoqué différentes sources.

“Au-delà du fait de regarder la série, de lire les livres et d’utiliser le scénario déjà étoffé, une grande partie de ce que je faisais avec Agnès consistait à rechercher ce que c’était de faire partie d’une secte, détaille Chase Infiniti. Cela peut sembler un peu fou, mais je cherchais à cerner cet état d’esprit, à comprendre les gens qui y ont grandi, ceux qui l’ont quittée, etc. C’était tellement étrange pour moi que j’ai pensé qu’intégrer cet état d’esprit si particulier pourrait être très pertinent, car Gilead est une société très fermée.”

Chase Infiniti (Agnès) et Lucy Halliday (Daisy) nouvelles venues dans l’univers de Gilead.

Sur ce plan-là, le costume lui a apporté une “grande aide, il vous permet de trouver la physicalité de votre personnage : son maintien, sa raideur, sa façon de marcher. C’est une première étape qui guide toutes les autres”, souligne l’actrice révélée par le film oscarisé, One battle after another.

“Quant à moi, pour comprendre l’histoire et la personnalité de Daisy, j’ai beaucoup discuté avec Bruce, confie Lucy Halliday. Daisy arrivait dans un endroit qu’elle n’avait jamais visité auparavant, elle rencontrait toutes ces personnes. C’était pertinent parce que moi, j’arrivais d’Écosse, j’étais pour la première fois à Toronto. D’une certaine manière, j’étais en osmose avec elle.”

Objectif: pouvoir étonner Margaret Atwood

“Au fil des saisons, nous travaillons sur cette série depuis 2017. Voir ce nouveau monde prendre forme et ces jeunes actrices s’en emparer et le faire briller, c’est très gratifiant”, souligne le producteur.

Un nouveau volet dans lequel Margaret Atwood “est très impliquée. Elle le serait plus encore, si elle avait plus de temps. Elle est plus occupée que nous tous réunis, souligne Bruce Miller. C’est la personne de 86 ans la plus occupée que j’ai jamais rencontrée. Elle reçoit chaque script, elle voit chaque épisode. Pour chaque nouvelle saison, elle est la première personne avec laquelle je parle. Margaret veut vraiment que la série aille au-delà de ce qu’elle a écrit. Et moi, je veux voir ses yeux s’illuminer quand je lui parle de la nouvelle saison. A ce moment-là, tu sais que tu tiens vraiment un bon scénario.”

Rencontre, à Lille: Karin Tshidimba