Sélectionner une page

Dans les tourments de la Seconde guerre mondiale, Tommy Shelby est prêt à affronter son propre fils pour redorer le blason de son clan. Steven Knight assure l’épilogue de sa série en beauté grâce à son film sur Netflix.

L’imprimerie fonctionne sans relâche dans le camp de concentration de Sachsenhausen, en Allemagne. En 1940, le gouvernement nazi y a falsifié des centaines de millions de livres, importés ensuite clandestinement en Angleterre afin de précipiter l’effondrement de l’économie britannique et assurer ainsi la victoire de l’Allemagne.

Pour mener cette mission, mélange de haute trahison et de corruption, les Allemands font appel aux milieux du crime organisé. Et donc aux célèbres Peaky Blinders de Birmingham. Une tâche qui n’effraie nullement Duke (Barry Keoghan), fils de l’insaisissable Tommy Shelby (Cillian Murphy), désormais à la tête du clan. Mais les deux tantes du jeune homme – Ada Shelby et Kaulo Chiriklo – sont bien décidées à empêcher cette machination sordide qui pourrait détruire leurs familles respectives.

La guerre sur tous les fronts

Dans Peaky Blinders : L’immortel, long métrage qui apporte la touche finale à la saga mondialement réputée du gang de Birmingham, son créateur Steven Knight met en scène l’affrontement de deux hommes seuls, rongés par la douleur et la colère. Comme toujours, l’auteur fait appel à des faits rigoureusement historiques – cette histoire de fausse monnaie fabriquée par les nazis – même si sa narration est volontairement outrancière et romancée.

Bien loin de l’agitation guerrière et des rues de Birmingham, Tommy Shelby (Cillian Murphy toujours aussi magnétique) n’est plus que l’ombre de lui-même. Cheveux grisonnants, lunettes cerclées d’or, entourant le regard bleu acier qui a fait sa réputation, l’homme s’est retiré du monde pour écrire un livre. Depuis la mort de son frère Arthur, Tom est submergé par les visions.

L’acteur Cillian Murphy, alias Tommy Shelby, lors de la première du film « Peaky Blinders L’Immortel » à Londres.

Elle semble loin la légende de l’implacable chef de clan au regard à la fois troublant et glaçant. Un rôle qui a dopé la carrière de l’acteur irlandais, très présent aussi sur le grand écran (Small Things like these, Steve).

Treize ans après ses premiers pas sur la scène internationale, la famille Shelby tire sa révérence dans les soubresauts de la Deuxième Guerre mondiale, au cours d’un long métrage destiné à clore leurs mémoires. Un ultime chapitre en forme de livre d’or, qui sera également présenté ce samedi 21 mars sur grand écran dans le cadre du festival Series Mania. De quoi fêter dignement la fin d’une saga longue de six saisons, portée par la BBC puis par Netflix à l’international, suivie par des millions d’aficionados à travers le globe.

Une ville, une atmosphère musicale, une légende

Une épaisse brume, des costumes trois-pièces impeccables et une musique électrisant la nuit… Il a suffi de quelques marqueurs singuliers pour asseoir la réputation de Peaky Blinders. La série suivant le destin chahuté de cette famille de gangsters britanniques se lançant à la conquête du monde depuis leur Birmingham natal.

Quelques notes de Nick Cave, de Radiohead et de Tom Waits ont suffi à planter le décor : celle d’une Grande-Bretagne industrieuse et généralement pauvre où les bookmakers, les bateliers et les gitans se croisent sans véritablement se mélanger et où chacun tente d’assurer sa subsistance.

Cillian Murphy dans le film « Peaky Blinders: The Immortal Man » produit par Netflix et la BBC.

Qu’il s’agisse d’Artic Monkeys, des White Stripes, de Johnny Cash ou de PJ Harvey, une seule constante : le groove et la mélancolie prédominent, façonnant une atmosphère sonore gothique reconnaissable entre mille. De quoi laisser résonner et amplifier le décor industriel de la ville à travers des voix porteuses de fêlures et de destins chargés, à l’instar des personnages apparaissant à l’écran.

Ceux-ci sont directement inspirés de l’authentique gang de la classe ouvrière qui a sévi sur place dans l’entre-deux-guerres, donnant à cette cité de l’ouest de l’Angleterre des allures de western, entre pubs et rues couvertes de suie.

Le succès de la création de Steven Knight a d’ailleurs ouvert une brèche dans laquelle de nombreuses autres séries, proposant une version revisitée (ou modernisée) de l’Histoire, se sont engouffrées. Chacune revoyant la composition de sa playlist à coups de déclinaisons symphoniques de grands tubes de la pop mondiale, comme dans La Chronique des Bridgerton, ou de créations volontairement transgressives et décalées.

Casquettes, lames de rasoir et gomina

Fils de forgeron, Steven Knight ne s’en cache pas : à travers ces personnages et cette série, il voulait créer une véritable “mythologie”. Pari réussi puisque la coupe de cheveux “à la Peaky Blinders” est très rapidement devenue un must pour tous les fans de la série, tout comme leurs casquettes et leurs longs manteaux.

Si les casquettes et les costumes sur mesure des hommes de la famille ont contribué à leur aura, que dire des tenues des femmes qui les séduisent ou les accompagnent ? À commencer par la redoutable Tante Polly, pour laquelle la regrettée Helen McCrory a écumé les magasins d’accessoires vintages londoniens.

Le soin accordé à chaque détail a porté ses fruits, accordant à la série un succès grandissant saison après saison. De quoi combler les rêves de celui qui avoue avoir été bercé par la légende des Peaky Blinders depuis l’enfance, entre un père issu d’une longue lignée de bateliers et une mère, également originaire du quartier de Small Heath qui, à 9 ans, était coursière pour les bookmakers. Impensable de trahir un tel héritage…

Birmingham, destination touristique

Le succès de la saga a remis en lumière le passé industriel glorieux de la capitale des West Midlands, surnommée “la ville aux mille métiers”, deuxième cité la plus peuplée d’Angleterre. La production de métaux, de voitures et d’armes a fait d’elle le moteur de la révolution industrielle britannique, comme le rappelle la série qui génère désormais un intense ballet touristique dans la ville. Un attrait que ce film, en forme d’hommage, devrait encore renforcer.

Produit par Netflix et la BBC, le film est également disponible sur la plateforme depuis ce vendredi.

Karin Tshidimba

Peaky Blinders L’Immortel*** Affrontement final Création Steven Knight Réalisation Tom Harper Avec Cilllian Murphy, Barry Keoghan, Rebecca Ferguson, Tim Roth,.. Durée 1h52.