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mad men s70.jpgJamais, sans doute, l’histoire d’un homme, véritable self-made man, n’aura suscité autant de passion et de fascination. Car même si Mad Men*** a perdu quelques fidèles au fil du temps, elle a accompli un indéniable parcours et livré une vraie tranche de vie avec ses 7 années, et autant de saisons, inscrites au compteur. Sept ans, un chiffre dont la symbolique n’aura échappé à personne que l’on soit amateur de félins ou de sagesse universelle.

Bien sûr, le public a connu d’autres enthousiasmes depuis lors: The Affair, The Honourable woman ou True Detective, pour ne citer qu’elles. Mais aucune de ces séries ne nous aura offert, à ce jour, une telle ampleur, une telle trajectoire humaine. Sept ans, un cycle de vie complet (avant la renaissance) pour un chat ou… un couple.
Les sept ultime épisodes démarrent ce dimanche 5/04 sur AMC aux Etats-Unis.

Pour Don Draper (l’impeccable Jon Hamm), cette 7e et dernière saison est celle d’un nouveau départ, une nouvelle vie et une aventure professionnelle qui pourraient lui faire oublier tous ses échecs personnels et ses récents déboires. Du moins, est-on tenté de l’espérer. La métaphore de l’avion a donc été utilisée sciemment sur les affiches promotionnelles par AMC.

mad men s73.jpgMaintenant qu’il nous a emmenés jusque sur la Lune et qu’il nous a même offert un petit morceau de music-hall que peut encore inventer Matthew Weiner ?
Sa force aura été de prouver que l’univers de la publicité pouvait offrir un regard unique sur le quotidien de ses contemporains et que cette profession s’avérait aussi efficace et utile, pour pénétrer dans les foyers des Américains et observer leur mode vie ou leurs petits secrets. Qu’il ne fallait pas forcément être flic, avocat ou médecin – comme nous l’enseignent bien des séries – pour connaître ses concitoyens.

Avec cette trajectoire de vie découverte au coeur des années 60 et que le public a accompagnée jusqu’à l’aube des 70’s, Matthew Weiner s’est offert un poste d’observation privilégié de l’Amérique d’hier, rappelant à tous, critiques comme amateurs, que les rapports humains entre Blancs et Noirs, hommes et femmes, jeunes et adultes, n’avaient pas tellement changé – et certainement bien moins qu’on ne le pensait – entre l’Amérique de Kennedy et celle d’Obama.

Points de vue féminins

A travers le destin des trois femmes de sa vie, Matthew Weiner a peint un tableau tout aussi éloquent de la condition féminine: de Betty (January Jones), l’impeccable femme au foyer si désespérée, à Peggy, la secrétaire à l’ambition déclarée (la révélation Elisabeth Moss, photo), en passant par Megan (Jessica Paré) la jeune épouse canadienne qui se rêvait comédienne. mad men s75.jpgUn panorama habilement complété par les parcours de Dawn, la toute première secrétaire afro-américaine engagée par l’agence, ou de l’étourdissante Joan (la sculpturale Christian Hendricks), passée de responsable du personnel à partenaire à part entière, tout en restant mère célibataire. Avec deux thèmes en toile de fond de cette longue introspection – jalonnée par la guerre du Vietnam, la lutte pour les Droits civiques et le “Flower Power”: l’ambition ou la frustration individuelle, et la solitude qu’elles entraînent.

Au fil des saisons, le public a découvert les vilains secrets que cet homme, en apparence « comblé », tentait vainement de cacher – son enfance sacrifiée, son engagement forcé, ses rêves de revanche, son usurpation d’identité – et les traits de caractère ainsi façonnés: sa soif de conquête, son éternelle insatisfaction, son génie créatif.

Malgré l’inexorable chute amorcée depuis la toute première minute du générique, la fin du voyage sera-t-elle (relativement) douce ? Et Don Draper pourra-t-il trouver une forme de paix intérieure, en faisant taire ses démons une fois pour toutes ? Tout l’enjeu de ces sept ultimes épisodes se trouve là.
KT

nb: La saison 7 de Mad Men sera proposée à partir du 4 mai à 21h sur Be TV

Dans une précédente note, Matthew Weiner donnait des indications sur cet ultime chapitre de son récit iconique.