hannibal 4.jpgMême si on observe souvent le mouvement inverse, parfois, c’est la réalité qui rattrape la fiction.
En une semaine, deux séries ont ainsi été obligées de faire un pas de côté en raison de l’attentat de Boston. C’est tout d’abord la série Castle (campé par Nathan Fillion) qui a décidé de reporter au 29 avril un épisode au cours duquel l’enquête devait mener au désamorçage d’une bombe.

Et ce dimanche, on apprenait que la série Hannibal (photo) allait tout simplement zapper un de ces épisodes (celui annoncé en date du 25 avril), même si l’actualité mise en cause n’est pas tant celle des récents attentats de Boston que celle du massacre de Newton.

Dans l’épisode en question, la fiction portée par Mads Mikkelsen et Hugh Dancy met en scène des enfants meurtriers, elle affronte donc les conséquences de cet incident sanglant qui avait durement frappé l’imaginaire des Etats-Unis et relancé la croisade (ratée) d’Obama pour un meilleur contrôle des armes à feu. L’âge du cadet survivant des frères Tsarnaev permettant d’autres types de rapprochements.
Selon Variety, c’est le créateur Bryan Fuller en personne qui a suggéré le changement à la chaîne NBC. «Compte tenu du climat actuel aux États-Unis, nous ne devrions pas diffuser l’épisode dans son intégralité. Je ne souhaite pas que le visionnage de la série se traduise par une mauvaise expérience pour qui que ce soit », a-t-il affirmé. Résultat, l’épisode ne sera disponible que sur le site de la chaîne.

Dans la foulée, on ne peut s’empêcher de noter l’écho que peut trouver le parcours des frères Tsarnaev dans une fiction telle qu’Homeland mettant en scène un «ennemi intérieur», à savoir un Américain s’en prenant à ses compatriotes.
C’est en effet bien plus l’intégration depuis 10 ans au sein de la nation américaine des frères Tsarnaev qui est mise en cause par les médias, que leurs origines (le Daguestan) ou leurs convictions religieuses (ils sont tous deux musulmans). Et cela, même si la symbolique de la série est plus forte encore, en raison de la personnalité du sergent Nicholas Brody. Sous-officier décoré et reçu en héros à son retour de captivité en Irak, il sera pourtant soupçonné d’avoir été «retourné» par l’ennemi.
Une autre série Sleeper cell s’intéressait, dès 2005, aux citoyens, américains pour la plupart, formés dans l’espoir de commettre un jour un attentat sur leur sol natal ou d’adoption.

the-good-wife.jpgCe brouillage des frontières entre réalité et fiction n’est pas neuf et l’affaire DSK avait, elle aussi, entraîné commentaires et parodies sur la toile où l’attitude d’Anne Sinclair (dignité, soutien inconditionnel) avait été forcément rapprochée des premiers pas de Julianna Margulies dans le rôle d’Alicia Florrick alias The good wife qui restait aux côtés de son mari malgré les accusations d’adultère.

La propension des séries américaines à explorer les dessous des crimes et passions ainsi que les territoires de la violence expose les créateurs à ce type de retour de manivelle. Certains diront que c’est en raison de la pertinence de leur analyse (pour les séries les plus fines sur le plan sociologique et psychologique) et on a effectivement pu le constater avec une thématique comme celle du traumatisme du 11 septembre, largement décrypté dans les séries.
Pour d’autres fictions, en revanche, on notera un certain goût pour le sensationnalisme, voire une complaisance vis-à-vis du sexe et/ou de la violence.
KT