Les scénaristes originaux du film d’Audiard en proposent une relecture contemporaine, portée par un jeune ex-footballeur dans son premier rôle : Mamadou Sidibé. A voir sur Be tv
Son visage juvénile et son regard innocent font merveille dans la série Un Prophète. En le découvrant, on pense à cette célèbre scène entre Belmondo et Anconina dans Itinéraire d’un enfant gâté. Apeuré et déboussolé à son entrée en prison, pour complicité de trafic de drogue, le jeune Malik doit s’endurcir et surtout apprendre à ne jamais avoir l’air étonné…
Ca tombe bien : les parallèles sont nombreux avec le parcours de son interprète. Mamadou Sidibé ne connaissait en effet rien au cinéma en arrivant sur le tournage de la série Canal+. Ayant grandi entre Villejuif et Rosny-sous-bois, le jeune Franco-Malien n’avais jamais mis les pieds à Marseille. Un déracinement et un flottement dont il s’est inspiré pour bâtir son personnage de Malik, jeune réfugié mahorais transformé en « mule » par des passeurs sans scrupule, cherchant le moyen de survivre à son incarcération à la prison des Baumettes.

La série, adaptée du film iconique de Jacques Audiard, est portée par le même duo de scénaristes : Abdel Raouf Dafri (Qu’un sang impur) et Nicolas Peufaillit (Invisible), récompensés par le César du meilleur scénario original en 2010. Mais elle s’en détache à travers l’adaptation de rôles existants ou la création de nouveaux personnages et par sa relecture contemporaine de l’univers carcéral. La série mise davantage sur le collectif, même si Malik en reste le pivot central. Son innocence et sa naïveté initiales rendent le personnage d’autant plus touchant qu’il plonge, avec conviction et talent, dans certaines scènes au parfum mystique.
Face à Malik, Sami Bouajila joue un promoteur immobilier mafieux, impitoyable et sans scrupules, prêt à tout pour que son séjour en prison soit « bénéfique » en lui permettant de renforcer son emprise et d’étendre son réseau. Le face-à-face entre Massoud Djebbari, homme cruel et imperturbable, et Malik, jeune homme hanté par les spectres des disparus qui ont jalonné sa route, donne tout son sel à cette série. Le récit mise un peu moins sur la violence et davantage sur la lente transformation psychologique d’un petit délinquant mutique, observateur et intelligent, forcé de tracer sa route entre luttes de pouvoir et quête de survie. Un jeune adulte qui assimile peu à peu les règles et codes en vigueur pour les détourner à son avantage.
Un visage qui s’imprime sur les écrans
Ce rôle nuancé et habité, qu’il a pris soin de travailler avec une coach, colle à la peau de Mamadou Sidibé. Le jeune acteur a déjà fait du chemin depuis ce jour de 2022, où il a pris conscience que sa carrière de footballeur stagnait et risquait de ne jamais l’emmener beaucoup plus haut que le club d’Orléans (National 3) où il était capitaine de la réserve.
A 23 ans, il décide de tenter sa chance dans le cinéma, via un casting sauvage. C’est ainsi qu’en quelques semaines à peine, il décroche un rôle en or : celui de Malik El Djebena, personnage qui avait révélé l’impressionnant Tahar Rahim en 2009. Une aventure déployée sur huit épisodes.
L’ex-joueur de foot semble prêt à suivre les traces de son aîné puisqu’il a déjà inscrit une autre série et trois films dans sa filmographie, depuis. On peut le voir en ce moment dans la série Privilèges sur HBO Max aux côtés de Manon Bresch (Muganga) et Melvil Poupaud (Dans l’ombre, Ovnis,…). Et on le verra prochainement sur grand écran dans un film sur les Ultras du foot, un autre sur le street foot, mais surtout dans le prochain long métrage de Judith Godrèche, Mémoire de fille.
Karin Tshidimba
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