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Inspirée d’un célèbre procès, cette série retrace l’affaire de la dernière condamnée à mort par pendaison en Grande-Bretagne. À voir sur Be tv.

Mise en pli blond platine, rouge à lèvres carmin et tailleur noir avec col en astrakan. Pour comparaître devant le tribunal, Ruth Ellis (Lucy Boynton) a sorti le grand jeu. Pas question pour la jeune femme de donner l’occasion aux amis snobs de son amant, David (Laurie Davidson), de la dénigrer ou de la mépriser publiquement. Mais aux yeux de son avocat, maître Bickford (Toby Jones), sa fierté pourrait bien être la cause de sa perte. Cette tenue ostentatoire et son silence têtu n’accréditent en rien la thèse de la femme bafouée et battue, « prise d’un coup de folie » (sic). Tandis que la défense s’entête à vouloir plaider « l’hystérie d’une femme jalouse », Ruth refuse et nie tout en bloc.

Toute l’hypocrisie de l’époque est résumée dans cet a priori qui veut bien que des jeunes gens fortunés se divertissent avec des hôtesses dans des bars, mais pas que celles-ci sortent de leur condition ou pointent les défauts du prince charmant et la mesquinerie de son milieu d’origine… Le simple fait d’être ambitieuse, divorcée et gérante d’un club disqualifie Ruth Ellis aux yeux du jury et de la presse qui voient en elle une femme dépravée et peut-être même foncièrement vénale. Par son ambition et sa liberté totale affichée, Ruth bouscule les conventions de l’époque et l’ordre dans la société. Elle risque donc d’en payer le prix fort.

A son procès, Ruth Ellis sera jugée trop élégante et trop fière pour être une femme battue.

Inspirée d’une histoire vraie, la série retrace l’affaire de cette jeune femme de 28 ans à peine, dernière femme à avoir été pendue en Grande-Bretagne, à la suite du meurtre de son compagnon au comportement toxique et violent… En quatre épisodes, Kelly Jones retrace l’histoire à la fois triste et fascinante de cette vingtenaire fière et déterminée, d’origine modeste, follement amoureuse d’un fils de bonne famille capricieux, colérique et jaloux qui lui en fit voir de toutes les couleurs.

Le spectre de la « mauvaise victime »

Mêlant le temps du procès et les souvenirs de la rencontre entre Ruth et David Blakely, ainsi que de leur tumultueuse relation, la série fait le récit de l’une des affaires criminelles les plus célèbres de Grande-Bretagne. Bien que située en 1955, celle-ci résonne avec acuité dans le monde d’aujourd’hui. Où l’apparence, la tenue vestimentaire et le personnalité des prévenues suffit à en faire de « bonnes » ou de « mauvaises victimes ».

Remarquable d’ambiguïté et d’espoir infondé, Lucy Boynton (Pourquoi pas Evans ?) compose une troublante Ruth tandis que Toby Jones (Mr Bates contre le post office), dévoué mais dépassé, tente en vain de la sauver face à une société moralisatrice et sourde à la cause des femmes, surtout lorsqu’elles ne sont pas bien nées.

Réalisée par Lee Haven Jones, la mini-série a été écrite par Kelly Jones d’après la biographie A Fine day for a hanging : the real Ruth Ellis Story signée par Carol Ann Lee et d’après les compte-rendus de la Haute Cour d’Old Bailey.

Karin Tshidimba

***A Cruel Love : The Ruth Ellis story Amour, à mort Création Kelly Jones, d’après A Fine day for a hanging : the real Ruth Ellis Story de Carol Ann Lee Réalisation Lee Haven Jones Avec Lucy Boynton, Laurie Davidson, Toby Jones,… Sur Be tv 4 x 52 minutes