L’actrice est bouleversante dans cette série, primée au Festival de La Rochelle, qui entend poser les bonnes questions sur les violences faites aux femmes. A voir sur HBO Max
Soucieuse d’aider les femmes victimes de violence, Laura Stern (Valérie Bonneton) a fondé une association qui les épaule et les accueille à l’arrière de son officine. La pharmacienne y consacre beaucoup de temps au détriment parfois de sa propre famille. Un jour, l’une de ses protégées est mortellement frappée par son mari en sa présence. Ce drame fait basculer la vie de Laura…
L’Affaire Laura Stern est née de longues discussions entre Marie Kremer et Frédéric Krivine (Un Village français), coscénaristes de cette mini-série en quatre épisodes produite par France 2. “Ce sujet, très important à mes yeux, trouvait une résonance chez Frédéric. Le scénario est parti de la nécessité de parler du manque de justice et des femmes en difficulté”, souligne Marie Kremer.

“On n’a pas adapté un fait divers vu dans l’actualité. On est parti d’histoires, au pluriel, issues de nos vies”, précise Frédéric Krivine. Ainsi ont été retracés différents trajets de vie librement inspirés de faits divers tragiquement réels. Avec la volonté de “rapprocher en permanence la fiction de la réalité de toutes les femmes” que les auteurs et le réalisateur, Akim Isker (A l’épreuve), ont rencontrées. Afin de créer “un projet de fiction nourri de réel”.
“On a tenu à ce qu’on voit un féminicide d’emblée. Akim l’a filmé de manière très réelle. C’était osé, de la part du service public, de nous suivre. Souvent, on parle de ces affaires de loin. On sait qu’il y en a trop, mais on ne les voit pas”, insiste Marie Kremer.
« Je n’attendais que cela même si ce rôle m’a fait très peur »
Le choix du positionnement de Laura Stern, campée par la formidable Valérie Bonneton, n’est pas anodin : “Laura n’est pas victime de violences mais elle est bouleversée par elles, rongée par l’insupportable. Je voulais filmer l’insupportable et non pas la souffrance. C’était la manière la plus forte d’impliquer le spectateur, parce que Laura, c’est le spectateur”, explique Akim Isker, réalisateur “touché par la proposition de lui confier un sujet aussi important”…“Petit à petit, la distance de Laura avec la souffrance se réduit, jusqu’à trop la toucher. Laura est une femme dévorée par l’impuissance. C’est cela qu’on raconte.”
La lenteur du récit avait pour but, non pas l’esthétisation, mais le réalisme. “Ce délai est inhérent au temps que prennent ces femmes pour quitter les hommes. En moyenne, elles les quittent 7 ou 8 fois avant de partir définitivement, il faut le savoir.”

Akim Isker a eu l’idée de proposer le rôle de Laura Stern à Valérie Bonneton (Fais pas ci, fais pas ça), voyant en l’actrice “une madame Tout-le-monde sympathique et populaire. Avec cette espèce de douceur et, en même temps, cette fragilité qui pouvait justifier ce passage à l’acte.” D’autant que la pharmacie est souvent le premier point de contact de femmes en difficulté.
“Il fallait qu’il ait confiance en moi quand même !, plaisante la comédienne. J’étais très surprise, mais je n’attendais que ça. Car je le dis toujours : je suis rentrée au Conservatoire avec les drames. Évidemment, le sujet était très important donc j’étais séduite mais, en même temps, j’avais peur. Je me suis demandé où on allait, car c’est un sujet complexe et délicat. J’étais très attirée par ce rôle que j’ai trouvé mystérieux, opaque par certains côtés. On ne sait rien de son enfance. Et puis, ce personnage qui va jusqu’au bout, est incroyable. Ayant vu le travail d’Akim, je savais qu’il irait au cœur de la vérité. C’est tout ce que j’aime : cette recherche, le fait de décortiquer, de déconstruire les personnages,… Surtout, ça a été un choc pour moi d’aller dans les associations, de rencontrer ces femmes, de me retrouver aux côtés de certaines d’entre elles dans la série. C’était super de porter ce combat avec elles. Je n’ai jamais vécu un tournage comme ça. Je me suis régalée. C’était douloureux, très difficile. Vraiment, c’est fou. Je suis rentrée chez moi, assommée. Mais c’est une expérience fabuleuse. Quelle chance, quel cadeau incroyable, merci à tous !”
Secouer les consciences
La comédienne dit “avoir été portée par la force et la banalité” de ce fléau. “On connaît tous des femmes qui ont vécu des douleurs terribles. Moi-même, je ne veux pas raconter, mais j’ai vécu des choses difficiles. Donc je ne m’y attendais pas. Je me suis dit, je vais travailler, comme n’importe quelle actrice. Et puis, j’ai été très, très remuée. Il y a des choses qui sont revenues. Ce tournage m’a grandi. Des choses ont changé. J’espère que les gens qui regarderont la série se diront : il faut que je prenne conscience. On n’est qu’au début. Il y a beaucoup de progrès à faire pour la justice en France, par rapport à l’Espagne où les choses ont beaucoup évolué et où il y a beaucoup plus de condamnations. On dit qu’il y a 200 000 femmes qui portent plainte. En réalité, il y a tellement plus de femmes qui aimeraient le faire… Mais la complexité de cette histoire, c’est qu’elles ont peur. Quand on est face à un malade comme Jean-Marie (joué par Yannick Rénier, NdlR), c’est la terreur psychologique. Donc c’est très difficile de porter plainte. Il faut rappeler cette vérité. Je pense que ça va remuer beaucoup de monde. C’est un sujet politique et on en est fiers. On a envie d’agir.”
La créatrice Marie Kremer insiste : “On ne fait pas une série contre les hommes, on fait une série contre la violence des hommes. La bataille, aujourd’hui, se fait hommes et femmes ensemble contre la violence. La société réagit encore avec de très mauvais outils face à ces questions et la justice réagit encore avec beaucoup de retard. Laura est dévorée par l’impuissance. C’est ça que raconte la série” avec l’espoir “que la fiction stimule la réactivité de chaque individu lorsqu’on pressent de la violence.”
Karin Tshidimba
***L’Affaire Laura Stern Tous les cris, les SOS Création Marie Kremer et Frédéric Krivine Réalisation Akim Isker Avec Valérie Bonneton, Pauline Parigot, Yannick Renier, Samir Guesmi,… Sur HBO Max 4 x 52 minutes
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