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Selon le comédien belge, son personnage d’esclavagiste français à La Réunion, malgré ses excès, “lutte en permanence pour tenter d’être un homme et un maître juste” dans la série “Enchaînés”. À voir sur Auvio et sur France.tv, à partir du 30 avril.

“Encore un salaud !”, lâche l’acteur Olivier Gourmet au moment de décrire son personnage de Charles Bellevue, dans la série Enchaînés, un Français esclavagiste et propriétaire d’une vaste plantation de café sur l’île de La Réunion. Cette série en six épisodes vient d’être présentée en compétition lors du festival Series Mania. Pour le comédien belge, est-ce une passion cachée ou un vrai défi de camper les différents “salauds” qu’on lui propose ?

“Ça vient de mon premier film, La Promesse des frères Dardenne, souligne-t-il. Mon personnage était un salaud et on est vite étiqueté dans la profession. Quand il y a un homme de caractère, fort et sombre à jouer, on pense à moi.” Il rit.

« Ce côté dur, pervers, psychopathe d’un personnage, ça m’amuse

“Ce n’est pas un choix, ce sont les rôles qu’on me propose, mais il y a un vrai plaisir à aborder le côté sombre de certains personnages. C’est très intéressant de chercher les raisons qui font qu’une personne est ce qu’elle est. Ce côté dur, pervers, psychopathe d’un personnage, ça m’amuse. C’est ce que j’aime dans le métier : décortiquer les âmes et chercher concrètement ce qui anime ce type de personne. De toute façon, quel que soit l’individu, on a toujours un côté “salaud”. Quand un personnage est bien écrit, il y a toujours des nœuds. Des côtés sombres coexistent, même chez les personnes plus solaires ou plus paisibles. Je cherche toujours le côté sombre, inavouable : on a tous des excès de rage, de colère, de jalousie, de violence. Selon le personnage, on pousse le curseur plus ou moins loin. C’est très excitant de jouer les salauds. Il y a un vrai plaisir. Ça m’amuse beaucoup.”

Dans la série « Enchaînés » Enzo Rose (Isaac) et Olivier Gourmet (Charles Bellevue) illustrent la violence de la relation maître – esclave.

Au terme des six épisodes, son avis sur Charles Bellevue est d’ailleurs plus nuancé. “Je ne pense pas que ce soit un salaud. Au contraire, j’ai trouvé qu’il avait énormément d’humanité. Ce qui est intéressant, c’est justement ce conflit, cette lutte intime au sujet de ce qui est juste. De remettre en question l’éducation et l’héritage culturel qu’il a reçus. Vos parents vous montrent comment gérer une plantation, comment traiter les esclaves, etc. Inévitablement, ça vous fabrique. Vous reproduisez certains schémas qui vous ont été transmis”, détaille le comédien.

Cet héritage, Charles Bellevue le remet en partie en question. “On le constate dans son comportement avec ses esclaves. C’était intéressant, cette lutte permanente, avec sa femme, ses esclaves, son fils. Il cherche toujours à être un bon père de famille vis-à-vis de ses esclaves et de ses proches. Mais il n’y arrive pas toujours. Il a ces accès de violence dont il est tout de suite honteux. Dans son regard, on le voit. Il en a conscience immédiatement, d’ailleurs il demande pardon. C’est ça qui était intéressant : ne pas en faire uniquement un tortionnaire.”

L’irascibilité de Charles Bellevue (Olivier Gourmet) crée des étincelles avec sa femme Constance (Esa Lepoivre) dans la série « Enchaînés ».

Selon lui, ce personnage pointe la difficulté de s’inscrire dans une société, elle-même, violente : “la bourgeoisie, à travers ses préjugés, ses façons de se comporter, le qu’en-dira-t-on. Tout ça raconte l’époque.”

Héritage et devoir de mémoire

Comme il l’a constaté au fil des trois mois de tournage, il y avait une vraie importance pour les Réunionnais de raconter leur Histoire. Très peu de films évoquent ce sujet, malgré les nombreux tournages accueillis sur l’île. “Ce sont souvent des séries françaises très grand public, très légères. Ici, ils s’inscrivaient dans quelque chose de l’ordre du devoir de mémoire.” Un désir de transmission exprimé au travers de l’implication et des “rapports très humains, très forts” établis avec l’équipe et les acteurs réunionnais.

Olivier Gourmet a aussi bâti une relation particulière avec Enzo Rose, qui endosse le rôle de l’esclave Isaac, un jeune comédien découvert dans Demain nous appartient, la série quotidienne de TF1.

“Je savais qu’il était un peu impressionné. J’ai essayé de le mettre dans les meilleures conditions : qu’il soit à l’aise et moi, totalement disponible et bienveillant par rapport à lui. De manière à être tous les deux suffisamment libres et détendus parce que c’est dans la détente que les scènes se créent et pas dans la tension où on risque d’être bloqués.”

L’acteur Enzo Rose tient le rôle de l’esclave Isaac dans la série « Enchaînés » face à Olivier Gourmet.

Au terme de cette aventure, c’est la personnalité de la réalisatrice, Laure de Butler (37 secondes), qui l’a le plus marqué. “J’ai rarement travaillé avec quelqu’un qui insufflait une telle énergie, une telle joie et une telle plénitude sur un plateau. Elle était là très tôt, chaque matin. Dès qu’on arrivait, elle était prête, toujours souriante et pleine d’énergie, de gentillesse, de folie, d’affection, de respect envers tout le monde, de jovialité, d’humour. Une énergie absolument solaire qui déteignait sur tout le monde. Je me suis dit que j’aurais du mal dorénavant à travailler avec d’autres personnes. Même si cela m’est arrivé forcément depuis un an…”

On peut aussi voir l’acteur en salles, depuis le 15 avril, dans un tout autre rôle, à l’affiche du film La Guerre des prix.

Entretien à Lille: Karin Tshidimba

Enchaînés*** Drame historique Création Alain Moreau, avec Adriana Barbato et Fanny Talmone Réalisation Laure De Butler Avec Olivier Gourmet, Enzo Rose,… Sur Auvio et La Trois RTBF et prochainement sur France 2 (6 x 52 min.)