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Parrain de l’exposition “Même pas peur”, proposée par le festival Séries Mania, l’auteur français de polars a partagé sa passion des séries et jeux de rôle avec le public lillois.

Avec ses romans tutoyant le pire de l’humanité, Maxime Chattam était le candidat idéal pour parrainer l’expo annuelle du Festival Séries Mania. Intitulée Même pas peur et visible jusqu’à vendredi au Tri Postal, elle explore nos angoisses et la façon dont les séries en jouent. Charlotte Blum, sa conceptrice, y mêle références littéraires et cinématographiques aux décryptages de nombreuses séries, des années 1960 à nos jours. Un vivier que la journaliste a exploré en compagnie de l’auteur de polars ce samedi à Lille.

Dans l’après-midi, nous avons retrouvé Maxime Chattam dans les coulisses de l’expo pour y parler d’écriture, de peur et de séries. Son questionnement sur le Mal et les êtres déviants s’est construit au fil de l’enfance. “C’était un sentiment global, diffus, de curiosité autour de l’être humain. Il y a beaucoup de choses qui sont merveilleuses chez l’être humain, mais beaucoup de choses effrayantes aussi, j’avais envie de comprendre. C’était aussi un moyen de me rassurer. C’est ce que j’ai essayé de faire, de livre en livre : mettre de la lumière, avec mes mots, sur le pire chez l’être humain. Mettre de la clarté dans l’ombre, c’est rassurant.”

L’auteur a contracté le virus de l’écriture grâce à sa grand-mère, comme “moyen de communiquer avec moi-même et de me reconnecter au monde avec le recul que permet l’écriture”. Elle a aussi une autre fonction cruciale : “J’ai écrit des fictions uniquement pour me divertir et me rassurer. Pour inventer des histoires que je ne trouvais pas dans la réalité, morne et très décevante. Je pouvais y vivre des grandes aventures, des trucs un peu frénétiques, un peu dingues. Petit à petit, c’est devenu un rituel. Soit je lisais, soit je regardais des films ou des séries, soit j’écrivais et je faisais des jeux de rôle aussi.”

Et si Maxime Chattam n’était pas devenu écrivain ?

Il a toutefois fallu plusieurs années pour qu’il comprenne que ce loisir était un besoin. “Comme certains ont besoin de faire du sport, moi, j’avais besoin d’écrire. Il m’a fallu du temps pour me dire que ça pouvait être un métier et que c’était peut-être ce dont j’avais besoin pour être bien dans la vie. Pas juste écrire de temps en temps, écrire toute la journée.”

Mais pour écrire des thrillers, Maxime Chattam estime qu’il lui faut une “connaissance assez pointue dans des domaines précis. Je lisais des livres sur la criminologie, mais ça ne suffisait pas.”

Il a donc repris des études : une formation d’un an mêlant police technique et scientifique, médecine légale, psychiatrie criminelle, criminologie. “On devrait appeler cela criminalistique, ça serait plus juste. Ça m’a permis de rencontrer des sommités dans différentes matières pour leur poser plein de questions et me faire une liste bibliographique la plus exhaustive possible, pour m’enrichir et comprendre.” L’objectif était de pouvoir asseoir les histoires qu’il avait en tête “sur une base très concrète”.

Et si cette carrière n’avait pas fonctionné ? “Scénariste, vous allez me dire que cela ne compte pas, c’est trop proche.” Il réfléchit. “J’aurais probablement écrit toute ma vie, pour moi. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement…” Peut-être que son goût de la recherche et sa volonté de comprendre l’auraient entraîné à devenir enquêteur…

Sa série préférée : “The Shield”

“L’idée de se mettre au service de la justice et de l’être humain pour essayer de résoudre des enquêtes criminelles est assez plaisante. Mais je ne sais pas si j’aurais été un bon enquêteur, c’est la vraie question.” Pas étonnant que l’une de ses séries préférées, The Shield, aux héros complexes et cabossés, se déroule dans l’univers policier.

Ou alors journaliste. “Pour savoir si une idée suffira à faire un livre, il faut une évidence : qu’est-ce que cette histoire permet de raconter. Au-delà de l’histoire, quel est le sous-texte ? Si je trouve quelque chose qui me paraît cohérent, solide et motivant, j’essaie de voir ce qui va être au service de l’histoire : profession, univers, pays… Je me documente. C’est une partie très plaisante, parce que ça veut dire s’approprier un sujet, lire des articles, des revues scientifiques ou des essais sur un métier ou un univers particulier, prendre des notes, synthétiser tout ça et rencontrer des gens, aller sur les lieux. Il y a une phase journalistique passionnante.”

Si Maxime Chattam a évoqué les voyages, les films et les séries qui l’ont inspiré, il lui serait difficile d’établir un podium. “Mes voyages m’ont ouvert à beaucoup de choses. Mais, aujourd’hui, je pense que les séries sont une vraie source d’influence. Les histoires me viennent de la vie, d’observation, de réflexion. Mais les séries sont une forme d’inspiration pour la narration. La façon de raconter une histoire dans les séries, aujourd’hui encore, est parfois très innovante ou disruptive. Quand ça marche bien, je me dis : il y a un point de vue inédit qui m’intéresse. Et je me demande comment, dans un roman, on peut obtenir ce genre de remise en question de la narration. Je suis très friand, en tant que spectateur de séries, mais aussi en tant qu’auteur, de ce qu’il y a à puiser là en termes de créativité.” En la matière, Stephen King, côté livres, et James Cameron, côté cinéma, restent des maîtres à ses yeux. Côté séries, son coeur penche en cemoment vers Alien: Earth et Andor, toutes les deux visibles sur Disney+.

Une autre passion l’a mené à devenir écrivain : les jeux de rôle découverts à l’adolescence. “J’ai trouvé ça tellement incroyable, cet univers dans lequel il n’y a aucune limite. C’est un jeu collaboratif, créatif, dans lequel on doit communiquer. On a créé des personnages et vécu des aventures folles avec des copains. Construire une histoire à plusieurs, en direct et faire en sorte qu’elle soit cohérente, c’est une école incroyable pour un apprenti romancier. Ça m’a ouvert des perspectives folles. Les premiers jeux de rôles étaient inspirés de l’univers de romanciers : Tolkien, Lovecraft, Michael Moorcock… Ça m’a montré que la créativité pouvait être partagée, alors que je pensais que l’imagination était un truc solitaire. Je ne suis pas sûr que je serais devenu le romancier que je suis sans le jeu de rôle. J’aurais peut-être écrit, mais mon imagination s’est vraiment développée à l’école du jeu de rôle.”

S’il a laissé faire quelques adaptations de ces romans sans s’en mêler, Maxime Chattam est aujourd’hui coproducteur de la série Le Signal – 149 kHz et de deux autres projets “tenus secrets”, en cours de production. Mais si un jour Autre-Monde, sa série de huit romans fantastiques, devait être portée à l’écran, le projet recevrait toute son attention. “Parce que ça touche à l’enfant et que la thématique est sacrée. Donc je serais intransigeant sur la fidélité.”

Entretien: Karin Tshidimba, à Lille

Nb: La chaîne Novo19 qui va diffuser la mini-série « Le Signal – 149 kHz » n’est pas disponible en Belgique.