Dan Franck 1.jpgDepuis une semaine, le scénariste Dan Franck déambule à Marseille, en pleins préparatifs de sa future série politique pour Netflix. « Ceux qui attendent de la Kalachnikov seront déçus » prévient-il.
Dan Franck et Pascal Breton, scénariste et producteur de « Marseille« , la future série française de Netflix, promettent au contraire « une grande bataille politique ». Raison pour laquelle ils sont venus sonder le terrain juste avant les élections départementales. « On a voulu voir comment ça se passe à Marseille », lâche avec impatience Dan Franck, assis au bar d’un hôtel surplombant le Vieux-Port: « C’est une ville qui a une telle personnalité! »

Visite à la mairie, puis dans les quartiers « pour sentir l’ambiance », et dimanche, ils ont fait « la tournée des popotes », selon les dires du scénariste de Carlos, dans un entretien accordé à l’AFP.

L’annonce du lancement d’un House of Cards français remonte à fin août: huit épisodes – livrables fin 2015 – d’une guerre de succession électorale opposant un maire au pouvoir depuis 25 ans à « un jeune loup aux dents longues », selon la description de Netflix.
 
« J’écoute beaucoup. Je prends beaucoup de notes », raconte le scénariste de la série Les Hommes de l’ombre, qui découvre la ville, aidé de la productrice marseillaise Sabrina Roubache (Gurkin Production). « En gros, je peux aller partout. »
En plus des politiques -le maire, Jean-Claude Gaudin et Dominique Tian, son premier adjoint -, qui ont ouvert leurs portes, « je suis allé dans des mosquées. Je suis allé à Félix Pyat [une cité sensible, ndlr]. J’ai rencontré des personnages très denses », dit-il.

Des voyous? « Oui, beaucoup. Indépendamment de toute considération morale, c’est quand même des gens qui ont des choses à raconter. » Et qui sont « très heureux » que « des gens autres que ceux de leur milieu (…) les écoutent », souligne-t-il.

Dan Franck 2.jpgMais Dan Franck n’écrit pas un polar. L’intrigue joue de la « schizophrénie narrative » entre « la cité, d’un côté et la mairie, de l’autre », explique-t-il. « C’est surtout un conflit entre deux personnages, deux morales politiques, deux générations confrontées à ce même terrain-là », ajoute-t-il. Avec une question: « Qu’est-ce que c’est que la politique dans ces milieux sociaux qui sont déclassés, qui sont hors du champ politique et qu’on s’accapare, du point de vue politique, avec des prébendes? »

Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé ne peut qu’être fortuite, s’empresse de préciser l’auteur. « C’est une histoire totalement inventée », assure-t-il: « Je me nourris de la connaissance politique que je peux avoir », mais « il n’y a pas Gaudin, il n’y a pas Defferre, il y a seulement Marseille ».

« C’est la scène locale la plus belle », ajoute Pascal Breton (Federation Entertainment), qui a convaincu Netflix, leader mondial de la vidéo en ligne sur abonnement, de préférer cette ville à Paris pour transposer sa saga washingtonienne à succès.
« Marseille est comme un grand théâtre qui regarde la mer, autour du Vieux-Port, (…) un théâtre italien. » Autant qu’une « cité à la manière grecque », dit le producteur des séries françaises « Dolmen » et « Sous le soleil ».
L’histoire empruntera aux quinze dernières années de vie politique française, ramenées à l’échelle de cette cité-État où l’élection municipale compte autant que la présidentielle, explique-t-il.

marseille.jpgAu-delà du souci d’éviter les clichés, le « Marseille-bashing » -qui irrite particulièrement les responsables locaux- et l’offense aux « gardiens du temple », notamment l’écrivain marseillais de référence, feu Jean-Claude Izzo, les auteurs semblent avoir à coeur de réhabiliter, sinon la politique -qu’ils « aiment » l’un et l’autre-, au moins la série politique, un genre victime de « frilosité », selon Dan Franck.

« On ne voit pas beaucoup le fonctionnement de la démocratie française à la télé française », note encore Pascal Breton. « C’est juste dur de rendre (la politique) spectaculaire, de (la) rendre dramatique, voire tragique », reconnaît-il. Mais « le fait que ça revienne à la mode dans les séries nous offre cet espace. C’est à nous de ne pas le rater » a-t-il encore confié à l’AFP.

D’autant que d’autres nations (pays scandinaves, Grande-Bretagne, Israël) n’ont, quant à elles, pas loupé ce virage crucial.
La série, déclinée en huit épisodes, est attendue fin 2015.