nurse jackie.jpgComment appelle-t-on une infirmière au dos fichu, interroge Nurse Jackie? La réponse fuse sans délai: « une chômeuse ». Pour supporter son job aux urgences et le flot de cas sociaux qu’il charrie chaque jour, pour affronter sa vie familiale et les inévitables soucis qu’elle induit, Nurse Jackie*** se shoote donc à la Vicodine. Tiens, comme le Dr House, pensez-vous, mais les comparaisons s’arrêtent là…
Car pour le reste, contrairement à lui, l’infirmière n’est pas en guerre avec la terre entière. C’est même plutôt tout le contraire. Cette addiction fait-elle d’elle une personne « infréquentable »? Pas vraiment.

Avec ses faux airs de Madonne, sa formidable capacité d’écoute, son bon sens, sa générosité et son empathie (décidément beaucoup de qualités pour une junkie), Nurse Jackie sème le trouble sans en avoir l’air. « Pour moi, vous êtes une sainte » décrète tout de go Zoey, l’élève infirmière fraîchement débarquée dans son service. Un formidable duo remis en selle ce jeudi sur Be séries.

Difficile en effet de détester ou de désapprouver cette praticienne intuitive et hors pair, justicière de l’ombre qui passe son temps à remettre les fils et filles de l’Homme droits sur leurs jambes et à faire en sorte que la création tourne plus rond. Même si, pour y arriver, il faut enfreindre pas mal de règles et se forger une « morale » très personnelle, dont le vol et le mensonge sont deux piliers assumés.
Car ce que Jackie Peyton, ex-alcoolique, aime chez Saint-Augustin, c’est son bon sens, la façon qu’il a eu de « profiter des bonnes choses de la vie tant qu’il le pouvait encore ». Elle admire sa célèbre réplique: « Seigneur, fais de moi une personne meilleure… mais pas tout de suite. » Elle en a d’ailleurs fait sa maxime personnelle.

nurse jackie 1.jpgSi la série tourne beaucoup autour du personnage porté par Edie Falco ­- qui trouve un nouveau rôle à sa mesure après avoir brillé dans celui de Mme Soprano – elle propose une galerie de personnages secondaires pleins de vie et de chair qui donne toute sa saveur à ce nouvel univers.
Jackie se partage en effet entre Eddie (Paul Schulze) son amant pharmacien, pourvoyeur de petites pilules; Eleanor O’Hara (Eve Best), sa meilleure amie médecin, fan de mode et de gastronomie, une snob joyeusement cynique; Mo-Mo, son collègue et complice gay et altruiste; Zoey (Merrit Wever), l’impayable petite nouvelle qu’on lui a flanquée dans les pieds; Gloria Akalitus, sa directrice psychorigide; le jeune Dr Fitch Cooper (Peter Facinelli), faussement nonchalant, brillante tête à claques et, last but not least, son mari charmant et ses deux filles dont l’aînée, Grace, est clairement perturbée. Bref, pas vraiment de quoi s’ennuyer. Comme le démontre à suffisance ce petit medley de la saison 2.

Nurse Jackie porte clairement la marque des bonnes séries. Il suffit de voir la façon dont elle rafle la mise dans les quelques minutes qui suivent son entrée en scène: un vrai jackpot émotionnel !
A la fois déjantée et maîtrisée,
Nurse Jackie, créée par Evan Dunsky et Linda Wallem en 2008, est réalisée par Allen Coulter et Craig Zisk, entre autres. Le propos (et le ton) est innovant, efficace, plein d’humour, touchant et totalement addictif. Un tour de force réalisé en 26 minutes à peine.
Cette nouvelle série qui balance quelques vérités sans avoir l’air d’y toucher, ne se prend pas au sérieux et est en plus très peu moralisatrice. Rien à voir avec la logique routinière et bien pensante qui règne, à de rares exceptions près, de ce côté-ci de l’Atlantique. Avec cette création originale, Showtime se place dans le sillage de HBO, ce qui est loin d’être anodin. La chaîne a récemment renouvelé la série pour une saison 3.
KT

(publié le 27.05.2010)