emily owens.jpgNouvelle venue dans la place, Emily Owens* tente de se frayer un passage dans l’univers faussement aseptisé des fictions en blouses blanches. Mais pour la jeune interne fraîchement atterrie à Denver, l’exercice s’annonce compliqué. Dur dur en effet d’assurer la relève.
Le Dr House a raccroché son stéthoscope, il y a quelques mois et Meredith Grey n’en finit plus de sombrer dans les remous du pathos à bon compte. L’une comme l’autre série ayant déjà largement dépassé le seuil de tolérance et de crédibilité, leur public est quelque peu échaudé. Pourtant, les histoires de toubibs font toujours recette; il existe un public fidèle à ce type d’intrigues et on aurait tort de tourner leur penchant en dérision. Car même les fans font preuve de lucidité. So what’s up?

Plusieurs nouveautés de cette rentrée tentent de relever le défi en réinventant le filon.
Dans l’ordre d’apparition, on a eu droit à The mob doctor (17/09), façon toubib pour la mafia, série trop basique pour briller; The Mindy project (25/09) série humoristique qui louche fameusement du côté de Bridget Jones et Animal practice (26/09) série délirante (dans le premier sens du terme) centrée sur un vétérinaire qui tente d’être aussi odieux que House, avec les maîtres de ses patients, et dont le meilleur assistant est un singe…Vous voyez le concept?

Dernière arrivée en date, mais pas la moins intéressante, Emily Owens a débuté son internat au Memorial Hospital de Denver, hier soir sur la petite chaîne The CW (celle-là même qui vient de lancer «Arrow» et «Beauty and the beast», cf. notes précédentes). Ce premier jour est, à ses yeux, le signe de son entrée dans la vie adulte. Finis les doutes et le stress, bonjour le calme et la confiance en soi. Pourtant, très vite, Emily se rend compte que ce nouvel univers est également peuplé de différentes tribus (les beaux gosses, les pestes, les rebelles, les gentils, etc.) qui se mettent tous joyeusement des bâtons dans les roues et ne lui permettent pas de rompre avec sa réputation de «geek» ou de «looser».
Cet hôpital, choisi parce que son idole – la redoutable cardiologue Gina Bandari – y travaille, est aussi celui où s’est inscrite sa pire ennemie: Cassandra Koppelson, peste en chef. Comment faire front sans perdre la face? Comment apprendre son métier sans se faire marcher sur les pieds?

Jouant sur les incertitudes qui caractérisent l’entrée dans la vie active, «Emily Owens M.D.» est une série sympathique qui affiche peu d’innovations et d’ambitions (à en juger par l’épisode pilote). Et malgré l’intérêt que l’on éprouve pour Mary «Mamie» Gummer (vue dans «The good wife», elle est la fille de la grande Meryl Streep), on ne peut s’empêcher de noter les points communs avec «Grey’s anatomy». Heureusement sans les tergiversations épuisantes et stériles de l’assommante Meredith.
La bonne nouvelle pour Emily Owens, c’est qu’elle ne joue pas dans le même registre et qu’en affichant un profil davantage dans la norme, même si elle reste fragile, la jeune interne ne risque pas d’excéder un trop grand nombre de téléspectateurs. Mais on le sait, une gentille, peu sûre d’elle et touchante peut difficilement porter sur ses seules épaules le succès d’une série.

Ce qu’il faut à ses côtés c’est une vraie garce pour pimenter les scénarios. Il en allait ainsi du duo House-Cuddy, et cela continue avec Jackie-Zoey («Nurse Jackie») ou Meredith-Cristina: c’est l’astre noir qui attire les foules et donne du relief à la lune, pas le contraire.
Il reste donc à espérer que les personnages de Gina (Necar Zadegan) et Cassandra (Aja Naomi King) sauront relever le défi en évitant soigneusement de sombrer dans la mièvrerie lycéenne. Et que la voix off évitera de se montrer trop redondante. Verdict: peut mieux faire. On attend d’Emily qu’elle se secoue et aille véritablement au combat. So what ?
KT

Emily Owens M.D. Drame médical de Jennie Snyder avec Mamie Gummer, Justin Hartley, Michael Rady. Diffuseur: The CW. 13 épisodes en cours de production. Début: 16 octobre 2012.