Primé à Series Mania, ce récit décrypte les silences et mystères installés entre un père en quête de rédemption et sa fille. Comme « La Chronique des Bridgerton » ou « Blind Sherlock », la série met en lumière un héros « hors normes ». A voir sur Betv, dès ce jeudi
Daniel Brennan, condamné pour meurtre, a purgé sa peine. Pourtant, pour sa sortie de prison, rien n’est prévu, pas même le fait de lui donner les consignes concernant sa libération conditionnelle, en tenant compte de son handicap. Daniel (Matthew Gurney) est sourd et muet.
Inquiet et tendu, Daniel souhaite renouer avec sa fille, Carly (Lara Peake), mais toutes ses relations sont freinées par une colère latente et des pensées en boucle qu’il semble, par moments, incapable de contrôler. L’homme est visiblement hanté par de mauvais souvenirs concernant le pensionnat de Hawthorne Park où il a séjourné, enfant. Daniel est-il seulement aigri et colérique ou cache-t-il des blessures mal cicatrisées et longtemps enfouies ? Mystère…

Le récit marie quête de rédemption et tentation de revanche chez cet homme qui, tout en ayant payé sa dette à la société, se sent doublement rejeté par elle. En tant qu’ex-prisonnier d’abord, mais aussi en tant que personne sourde. Un sentiment de solitude et d’isolement enraciné jusque dans l’enfance. La série explore les non-dits et les traumas dont souffrent les personnes présentant un handicap, mais aussi l’incommunicabilité entre un père et sa fille.
On salue l’emploi de la langue des signes à parts égales dans cette intrigue volontairement bilingue (anglais et langue des signes). Une particularité et une façon de communiquer qui introduisent une dose de suspense supplémentaire dans le récit. Matthew Gurney a été sacré meilleur acteur lors du Festival Series Mania 2025 pour son charisme et son intensité dans cette série coproduite par la BBC, imaginé par Wiliam Mager, lui-même scénariste et producteur sourd.
L’intrigue pèche en raison de quelques lourdeurs et répétitions scénaristiques, mais démontre aussi la beauté et la richesse d’une langue visuellement envoûtante dont l’importance est trop souvent ignorée au quotidien. La série pointe aussi une donnée universelle : les risques d’invisibilisation et d’exploitation des plus faibles. Des minorités que la BBC, par contrat, a décidé de bien mieux représenter à l’écran.
« La chronique des Bridgerton », « Blind Sherlock »: tout un monde de sensations
Si quelques histoires transposées sur le petit ou le grand écran intègre des personnages aveugles ou malentendants, rares sont celles faisant appel à des acteurs souffrant réellement de ces déficiences. Mais dans ce domaine-là aussi, les choses ont tendance à changer et la représentation n’est, désormais, plus simplement de façade.
L’exemple le plus marquant est sans aucun doute le film emblématique de 1986, Les Enfants du silence de Randa Haines, qui a valu l’Oscar de la meilleure actrice à la jeune Marlee Matlin.
On songe plus récemment au film Sorda qui décryptait les attentes parfois très différentes de l’entourage d’un couple formé par un père entendant et une mère sourde. La naissance de leur premier enfant cristallisant les craintes et espoirs des duos de grands-parents, sourds et entendants.
On songe aussi à Blind Sherlock, série policière belgo-néerlandaise, sortie en janvier 2026 sur Netflix. On y suivait le parcours de Roman Mertens, un jeune homme aveugle doté d’une ouïe exceptionnelle qui décroche un emploi dans l’unité d’écoute téléphonique de la police de Rotterdam pour traquer des trafiquants de drogue. Rôle interprété avec beaucoup de pertinence et de pugnacité par Bart Kelchtermans.

Récemment aussi des séries très en vue ont fait appel à des interprètes présentant différents types de handicaps. On songe notamment à Sophie Woolley, actrice mais aussi scénariste, qui a fait son entrée dans le costume de Lady Stowell dans la saison 3 de La Chronique des Bridgerton. Elle n’est pas la seule représentante de la communauté sourde puisqu’elle a été rejointe par Jude Powell dans le rôle de Lord Allison en saison 4. La série produite par Shonda Rhimes emporte sans aucun doute la palme de la représentativité tant par la diversité des origines de ses interprètes que par la diversité des physiques et des particularités mis en avant pour le meilleur et pour l’intrigue.
Karin Tshidimba
Reunion** Mystères et signes Création William Mager Réalisation Luke Snellin Avec Matthew Gurney, Lara Peake, Anne-Marie Duff, Eddie Marsan, Rose Ayling-Ellis,… Sur Be tv Le 2/07 (4 x 55 minutes).
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