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Ce vendredi, le festival Anima envahit les écrans. Rencontre avec la créatrice de son affiche, celle qui a fait danser ses souvenirs d’enfance par Samuel, un héros de 10 ans, au succès fulgurant… La suite de la série est attendue en 2028 sur Arte.

Parfois, il suffit de peu de choses : quelques jours de liberté dans un studio, un projet qui vous trotte dans la tête depuis des années, un crayon, du papier et une petite voix commentant la réalité que vous êtes en train de vivre… Dans le cas d’Emilie Tronche, cette petite voix s’est glissée dans le corps de Samuel, gamin de 10 ans.

Au-delà de sa proximité physique avec l’ado qui l’a rendue célèbre, on est frappé par l’analogie entre Emilie Tronche et l’hirondelle : ce côté gracile, léger et annonciateur de jours meilleurs. En mettant en images le journal intime d’un gamin de 10 ans, la réalisatrice a visé juste et séduit des millions de curieux trop heureux de renouer avec le grand maelstrom des sentiments émergents via Arte et ensuite Netflix.

Mélange de lucidité confondante et d’affirmation fragile, la série animée touche par sa justesse, son humour et sa poésie. Si vous ne l’avez pas encore découverte, le festival Anima, qui ouvre grand ses écrans du 20 février au 1er mars, vous offre une séance de rattrapage exceptionnelle : samedi 28/02 à 14h à Flagey. En prélude à la rencontre avec sa créatrice qui a aussi conçu l’affiche du festival 2026.

Pour la créer, Emilie Tronche a mélangé une poignée de souvenirs de son été, une pincée de textes de la chanteuse Allegra Krieger et elle a repris le pastel. “Pour cette illustration, je suis sortie du noir et blanc. J’avais envie de mettre de la couleur. J’avais reçu la consigne de faire quelque chose de très lumineux, très joyeux. Je suis trop mélancolique. Mais pour moi, la mélancolie, c’est très joyeux aussi. En tout cas, ça me nourrit beaucoup. Ça ne me rend pas triste.”

Tous ceux qui ont découvert la série Samuel en sont d’ailleurs convaincus : se reconnecter avec son enfant intérieur est plutôt synonyme de joie.

“L’enfance ne m’a jamais quittée, constate Emilie Tronche. J’ai commencé à le dessiner très rapidement, je n’ai même pas réfléchi si ça allait être un garçon ou une fille, j’ai juste dessiné un petit bonhomme. J’aimais déjà le prénom Samuel, je me suis dit : ok, ça peut être lui.” Un coup de cœur suivi de nombreux autres, dans ce projet marqué par la spontanéité.

La série animée « Samuel », tout premier projet professionnel d’Emilie Tronche a d’emblée trouvé son public.

“J’ai utilisé ma voix parce que c’était plus simple. Je me suis dit que ça fonctionnerait. Je n’avais pas vraiment de prétention en le faisant, je me disais : les gens voient bien que c’est une série faite de bric et de broc. Ils vont se douter que c’est une femme qui le fait, mais je ne savais pas que ça allait fonctionner à ce point.” Guidé par cette voix nichée entre enfance et adolescence, le public renoue avec ses propres souvenirs, quel que soit son âge, comme souvent lors du festival Anima.

“J’ai toujours aimé me remémorer la façon dont les enfants se comportent, comment j’étais, comment je voyais les adultes. Je me disais : c’est marrant, maintenant, c’est moi l’adulte et pourtant, j’ai toujours l’impression que je vais devenir quelqu’un d’autre plus tard. Je me disais ça quand j’étais petite. Tous ces questionnements sont restés.”

La spontanéité et la sincérité font le succès de la série produite par Arte, un chantier mené tranquillement pendant le confinement. “À la base, je faisais ça pour moi, je postais ça sur les réseaux. Ensuite mes producteurs m’ont contactée pour produire la série.”

Un premier projet professionnel après l’Ecole des Métiers du cinéma d’animation d’Angoulême. “J’ai appris en le faisant.” Le projet a tout de suite convaincu puisque Casterman a rapidement décidé d’en faire un roman graphique. L’occasion pour la jeune femme de balayer ses dernières frustrations en soignant certains décors. Une façon de faire oublier l’absence de bande-son qui structure la série.

Car Samuel est une histoire qui se chante autant qu’elle se danse…. “La musique est omniprésente, détaille la créatrice. J’écoute tout le temps de la musique partout. Dans mes films, c’était totalement naturel. J’adore travailler avec le silence aussi, avec l’ambiance sonore, pour que la musique arrive à la fin, ou pas du tout, ça dépend de l’histoire…”

« Samuel », la série animée d’Emilie Tronche, a conquis des millions de curieux via les réseaux sociaux et Arte.

La danse, improvisée ou chorégraphiée, seule ou en groupe, est un autre pilier de la série, reflet de la passion d’Emilie Tronche qui a fait beaucoup de gymnastique rythmique et sportive (GRS). “J’ai démarré très jeune et arrêté au milieu du collège. C’était toute ma vie. Puis, j’ai fait de la danse classique, du moderne jazz. Aujourd’hui, je me retrouve plus dans la danse contemporaine qui est tellement variée.” Un goût largement partagé. “J’ai reçu beaucoup de messages de jeunes garçons qui étaient trop contents de voir un garçon danser. Il faudrait que tout le monde danse…”

La réalisatrice crée les chorégraphies avant de les dessiner. “Je me filme pour voir comment se crée le mouvement, tout en essayant de danser un peu comme un enfant et pas du tout comme un danseur pro.”

Pour la saison 2, en cours de production, Emilie Tronche a envie de travailler dans le même esprit que la première saison. “En gardant les pieds sur terre, sans penser au public et à ce qu’ils attendent. Vraiment garder la même sincérité qu’au début.” En essayant que la production “dure moins de 3 ans”, concède-t-elle.

En septembre dernier, Emilie Tronche était jurée au Festival du cinéma américain de Deauville. Cette semaine, elle revient parler de Samuel avec le public belge. Une immersion en salle beaucoup pratiquée depuis l’enfance. “J’adore l’expérience du cinéma. La partager, c’est toujours mieux. Par moments, j’aime bien y aller toute seule aussi. J’aime l’expérience de ne pas du tout penser aux personnes qui sont avec moi et qui regardent le film en même temps. Avoir le temps de laisser décanter les choses.” Comme Samuel…

Entretien: Karin Tshidimba

Détails des séances et réservations sur le site d’Anima