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the affair 1.jpgC’est l’histoire d’une (brève) rencontre, mais pas seulement, d’une ville (Montauk) cachant ses vilains petits secrets, mais pas seulement. C’est aussi l’histoire d’une famille qui tente de ne pas s’engluer dans ses tourments et d’une enquête longue et patiente pour retrouver un possible assassin. Mêlant tous ces éléments disparates, The Affair*** est une plongée en eau trouble. Cette houle changeante et organique est la parfaite métaphore de ce qu’est la série: une expérience sensible et évolutive, fluctuant d’heure en heure, épisode après épisode.

Nommée trois fois aux prochains Golden Globes (catégories: meilleure série dramatique, meilleur acteur et meilleure actrice), cette nouveauté lancée en octobre dernier, s’est achevée le 21 décembre, au terme de 10 épisodes riches et foisonnants. A la fois récit intime, drame familial, exploration d’un lieu de villégiature aux apparences tranquilles et discrète enquête policière. Une recette subtile qui fera l’objet d’une saison 2 déjà annoncée par Showtime.
En cette période de trêve hivernale, si vous ne l’avez pas encore rencontrée, vous auriez tort de refuser les avances de The Affair…

Pourquoi regarder The Affair? Les raisons de son attractivité sont multiples et bien fondées. En voici quatre, principales, mais peut-être avez-vous les vôtres…?

. Pour le plaisir de retrouver Dominic West (The Wire, The Hour) et Ruth Wilson (Luther), the affair 4.jpgdeux acteurs nuancés et épatants, chacun dans leur genre, révélés dans des séries majeures. Entre eux, l’alchimie est manifeste dès la première scène, les premiers regards, dans les silences, les sourires, jusque dans la respiration.
Chacun d’eux donne vie à un personnage aussi complexe qu’attachant: Noah, professeur et écrivain débutant, homme marié et père de quatre enfants, Alison, jeune femme torturée, visiblement en délicatesse avec son compagnon.

Au casting, on retrouve aussi Maura Tierney (ex-Urgences), Joshua Jackson (ex-Fringe) et John Doman (ex-Borgia), trois pièces maîtresses d’un puzzle complexe, où se lisent les déceptions, les blessures d’amour (propre), le mal de vivre et la valse des ambitions. Autant d’éléments qui entrent en résonance avec l’histoire personnelle d’Alison et Noah.

. Pour la richesse des points de vue qui est l’objectif dont nous rêvons tous: savoir comment l’autre a réagi, ce qu’il a pensé, ce qu’il a ressenti, ce qu’il a dit très exactement. Découvrir les deux versants de la même pièce, l’une après l’autre, rien de plus fascinant.

the affair 3.jpgBien sûr, on retrouvait un peu le même procédé de lecture comparée dans True Detective mais ici, il ne s’agit pas d’abord d’une enquête de police, mais du lien établi entre deux êtres irrésistiblement attirés l’un par l’autre. Un lien exploré en douceur et en profondeur.

Chaque épisode est relaté selon le point de vue d’Alison Lockhart-Bailey puis de Noah Solloway, ou le contraire, accréditant la thèse qu’un événement n’est jamais vécu de la même façon par deux personnes, même très proches. Et que les divergences de points de vue ne se nichent pas uniquement dans les détails… Les désirs et fantasmes de l’un enveloppant l’histoire de l’autre d’une aura toute subjective.

. Pour la narration subtile et la réalisation léchée, résultat de la collaboration d’Eric Overmeyer, comparse de David Simon sur Treme, et d’Hagai Levi et Sarah Treem, auteurs géniaux de In treatment (En analyse, Be Tipul, en VO).

Développant ensemble la version US du drame imaginé par le premier en Israël, le duo a permis à un large public de découvrir le travail de thérapeute «de l’intérieur». Après nous avoir familiarisés avec la perception très discordante que deux personnes peuvent avoir du même événement, l’Israélien poursuit son enseignement ici, épaulé par Sarah Treem, coscénariste d’In Treatment et d’House of cards. Quant à Eric Overmeyer, on connaît son talent pour capter l’âme d’une localité.

. Dans The Affair, il y a le ciel, le soleil et la mer. Un homme, une femme, une plage mais pas de chabadabada. Dans cette station balnéaire de Long Island, l’heure n’est pas vraiment à la romance, ni à la félicité. Les cartes sont brouillées et les individus plutôt insatisfaits ou paumés. Le genre d’état d’esprit qui fait les mauvais karmas ou les mauvaises rencontres.

Il y a ensuite ce générique hypnotique, lancé comme un cri, une bouteille à la mer. Les pages de roman défilent tandis que les vagues vont et viennent et le sable s’écoule lentement. Des rideaux d’eau parfois menaçants s’abattent dans le crépuscule. Un oeil, puis quelques visages apparaissent entre deux eaux, entre deux lames de fond. Un océan bien loin de l’image d’Epinal du lagon bleuté.
Comme une mer d’huile qui, la veille, était en furie, il est difficile de la reconnaître et d’y trouver ses repères. Le mieux est de s’y immerger et de se laisser (em)porter par la houle.
KT