the normal heart.jpgMême si l’heure n’est plus à l’hécatombe et que l’épidémie de sida est bien mieux contrôlée aujourd’hui, l’actualité ne cesse de nous rappeler que la haine des homosexuels – « communauté » à laquelle la maladie fut d’abord liée – n’est pas une affaire classée ou dépassée. Elle fait encore un tas de ravages aujourd’hui sans que la propagation du virus ne soit forcément en cause.

Cette peur ou cette haine, voire les deux, sont au coeur de The Normal Heart***, fiction signée par Ryan Murphy, scénariste qui a fait de la défense de la différence l’un de ses thèmes de prédilection dans Glee, The new normal, Nip/Tuck ou même American Horror Story.
Cette fiction en deux parties, portée par Julia Roberts et Mat Bomer entre autres, est nominée aux prochains Golden Globes. Raison de plus pour la regarder lors de sa prochaine diffusion sur Be TV: mardi 16/12 à 13h25.

« Nous sommes en train de perdre toute une génération d’hommes jeunes, à l’aube de leur vie : chorégraphes, auteurs, danseurs, acteurs, avocats,… Toutes ces pièces jamais écrites, tous ces ballets jamais présentés, Pourquoi personne ne nous aide, pourquoi ils nous laissent mourir ? J’ai la réponse, voilà la vérité : ils ne nous aiment pas […] Et pendant ce temps-là, on fait tous une overdose de deuils.”

the normal heart 2.jpgCes quelques mots, prononcés en guise d’oraison funèbre, par un activiste new-yorkais au début des années 80, traduisent bien le sentiment d’impuissance et la colère qui rongeaient la communauté gay aux Etats-Unis, alors que le sida avait commencé à y faire des ravages deux années plus tôt.
Des ravages d’autant plus silencieux qu’il n’était pas encore très répandu de révéler son homosexualité à l’époque. Et que la haine à l’égard des gays était tenace et triomphante, et pas insidieuse ou rampante comme elle l’est encore souvent aujourd’hui.

Adapté de la pièce de théâtre homonyme de Larry Kramer, ce drame décrit le combat de Ned Weeks (Mark Ruffalo) écrivain et activiste, cofondateur d’un groupe d’aide aux personnes souffrant du VIH. Un combat d’autant plus ardu que la maladie est encore largement méconnue et que le terme “cancer gay” effraie la société dans son ensemble quand elle ne provoque pas tout simplement colère et rejet.
Ned Weeks et ses compagnons d’infortune vont alors tenter de mobiliser la population et de récolter des fonds. Une mission rendue complexe par le fait que leur communauté veut éviter toute stigmatisation et refuse d’entendre les critiques dont elle fait l’objet : inconséquence, absence de mobilisation et de maturité… Raillant aussi les appels à l’abstinence qui la visent, arguant qu’elle vient seulement d’acquérir “le droit d’aimer qui bon lui semble, au grand jour, sans jugement et sans honte”.

the normal heart 1.jpgPorté par un casting convaincant emmené par Mark Ruffalo, Matt Bomer (White Collar) et Julia Roberts (en médecin paraplégique et inflexible), ce film militant de deux heures déborde d’émotions contrastées. C’est le réalisateur Ryan Murphy (Glee) connu pour sa défense de la cause homosexuelle qui a porté ce projet, produit et diffusé par la chaîne HBO. Un récit souvent révoltant au sujet d’une lutte longtemps presque vaine contre la montre et contre la mort.

Déjà salué de l’Emmy Award 2014 du meilleur téléfilm, The Normal Heart est nominé aux prochains Golden Globes (12 janvier). Il prouve une fois encore que c’est en télévision que sont accueillis les sujets les plus sensibles ou les plus dérangeants aujourd’hui.
KT

nb: The Normal Heart est déjà disponible en DVD, Warner, env. 20€